La journée type d’un poilu

tampon-tombe-tamporelleVous avez été nombreux à apprécier mon article sur la Première guerre mondiale. Capitalisant sur ce succès, je vous ressors le même article, mais en moins bien (surtout le début qui est vraiment poussif). Voici donc la journée-type d’un poilu pendant la Grande guerre.

11 heures : réveil. Nos braves soldats quittent leur lit et profitent d’une chicorée dans la salle commune. Comme les poilus ont besoin de forces mais ne doivent pas s’empâter, des céréales spécial K ligne fine sont servies.

11H30 : douche. Nos terribles combattants disposent d’un gel douche Ushuaïa aux amandes douces. Divers soins du visage sont acheminés par l’intendance, en particulier des gels hydratants et des gommages de la gamme « matin soyeux » afin de lutter contre les comédons, véritable fléaux dans les tranchées.

12H00 : séminaire-santé. Un intervenant affilié à Yves Rocher instruit nos bidasses, sur des thèmes comme « les oméga 3 et l’équilibre nutritionnel : enjeux et défis », ou « les étirements, clef d’un assaut réussi ». Divers mets gourmands accompagnent l’intervention.

13H00 : repos. Nos fiers conquérants disposent des deux heures pour s’adonner à des activités variées. Des livres de  Goethe et de Hegel sont distribués afin de renforcer la compréhension de l’ennemi, et pour lutter contre les stéréotypes. On rafistole à la main les pantalons rouges abimés par la guerre en général et les balles en particulier.

15H00 : guerre. Le moment le moins agréable de la journée. Les brutaux fantassins prennent leurs fusils, les braquent en direction de l’Allemagne, et poussent de terribles cris de ralliement comme « J’espère que la France prendra l’avantage militaire sur les pays avec lesquels nous sommes actuellement en guerre « , ou encore « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, sauf si bien sûr vous remportez une série de victoires militaires dans le grand Est « . Heureusement, la guerre est limitée à 10 minutes par jour par les traités internationaux scrupuleusement respectés par les pays belligérants.

15H10 : gestion des émotions. Après avoir fait preuve d’une brutalité inouïe pendant 10 minutes, nos indomptables poilus participent à un groupe de parole, sous la direction d’un psychologue. Ils peuvent ainsi mettre des mots sur leurs maux, chacun étant incité à transmettre son vécu émotionnel, ses doutes, ses espoirs.

16H : goûter sucré suivi d’une sieste. Nos surhommes en froc rouge peuvent s’adonner s’ils le souhaitent à des activités contre-nature, comme la philosophie ou l’amour.

19H : repas léger. Des animations sont prévues pour distraire nos monstrueux soldats : compétition relative à la taille de certains membres du bas, chants racistes, imitations de Raymond Poincaré, balle au prisonnier. Après le repas, la soirée est consacrée aux jeux de société afin de souder le groupe ; en 1914 c’est le Cluedo spécial affaire Dreyfus qui est à la mode.

22H : extinction des feux. Nos héros profitent d’un repos bien mérité et s’abandonnent dans les bras de Morphée, rêvant qu’ils égorgent des Allemands, puis qu’ils sectionnent leurs membres, les brûlent et dansent fraternellement autour de leurs dépouilles immondes qui baignent dans une mare de sang illuminée par le soleil couchant. Certains, beaucoup plus simplement, rêvent qu’ils se retrouvent totalement nus en plein milieu d’une salle de réception luxueuse, scrutés de haut en bas par des hauts dignitaires de l’Empire ottoman et par le sous-préfet de Savoie.

Si le quotidien des poilus vous semble agréable, n’oubliez-pas qu’ils étaient fonctionnaires.

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Les étrangers pendant la Première guerre mondiale

La bataille de Verdun fut un grand moment de mixité des différents peuples

La bataille de Verdun fut un grand moment de mixité des différents peuples

Les étrangers existent. Oh, je ne m’en réjouis pas, mais c’est comme ça. Les étrangers sont faciles à repérer, car contrairement aux Français, ils profitent de notre système social et habitent des grands ensembles hideux, là où le Français ont généralement le bon goût de travailler et d’habiter dans un pavillon.

Les étrangers sont bêtes car ils pensent que ce sont nous les étrangers, alors que c’est l’inverse. Mais l’historien que je suis se doit de vous rappeler que les étrangers existent depuis plusieurs siècles environ, et qu’ils ont joué un rôle important dans l’histoire du monde. Aujourd’hui, nous verrons ce que ces métèques allogènes ont bien pu faire pendant la Première guerre mondiale.

Les Allemands : les chleuhs sont impulsifs et malpolis, et les événements de 1914 l’ont bien rappelé, car ce sont eux les principaux responsables de la guerre. Personne n’a jamais compris pourquoi ils portaient un casque à pointe, mais j’ai ma petite idée : ils étaient très cons. On sait désormais qu’une insoutenable odeur de saucisse de Francfort émanait des tranchées allemandes.

Les Anglais : comme d’habitude les Anglais ont montré l’étendue de leur égoïsme en restant bien à l’abri sur leur île. Peu fair play, ils tiraient toujours les premiers. La guerre n’a absolument pas changé leurs habitudes : on ne compte plus le nombre de témoignages de poilus exaspérés racontant comment les Anglais organisaient des parties de cricket ou de polo dans les tranchées. On raconte même qu’au beau milieu d’une offensive, les Tommies auraient stoppé leur avancée pour siroter une coupe de thé au beau milieu du no man’s land.

Les Turcs : personne n’a vraiment compris ce que faisaient les Turcs pendant la guerre, et eux-mêmes ne le savent probablement pas. On sait que, couards, ils attendirent un an avant d’entrer en guerre, comme ça, sans raison. Peut-être le temps de se laisser pousser la moustache pour les hommes, ou de cuisiner des loukoums pour les femmes.

Les malentendus culturels pouvaient provoquer des incidents graves pendant la guerre

Les malentendus culturels pouvaient provoquer des incidents graves pendant la guerre

Les Bretons : ces gens-là, très sales et ne parlant pas un mot de français, venaient dans nos tranchées pour mourir à notre place, alors que franchement on ne leur avait rien demandé. Ils importent pendant la guerre un multiculturalisme insoutenable pour nos soldats, qui non seulement devaient éviter de mourir, mais en plus devait faire attention à la montée du communautarisme. Et ils portaient des chapeaux ronds, non mais sans blague.

J’aurais pu parler des Américains, des Russes et de bien d’autres mais j’avoue que je préfère m’arrêter là, car ce sujet me donne la nausée. Je donne raison à Paul-Jean Toulet qui disait  » Ce qu’il y a de meilleur à l’étranger ce sont les compatriotes qu’on y rencontre « .

Le 11 novembre, un coup dur pour la France

Des femmes furieuses contre l'armistice manifestent à Paris

Des femmes furieuses contre l’armistice manifestent à Paris

Les historiens, dans leur infinie médiocrité, ont tendance à présenter le 11 novembre 1918 comme un immense soulagement pour les peuples européens. Cette date marque en effet la signature de l’armistice mettant fin à la Première guerre mondiale, alors le conflit le plus meurtrier de l’histoire. Pourtant, un examen plus scrupuleux des faits prouve que l’arrêt des combats fut davantage vécu comme un contretemps fâcheux que comme une délivrance.

L’armistice prend en effet de cours les services de l’État, qui s’étaient organisés pour se battre jusqu’à l’été 1919. Le ministre de la guerre d’alors, dans ses mémoires, raconte :

Nous avions assez de munitions pour faire la guerre jusqu’en 1919, et l’armistice nous a pris par surprise. D’un seul coup nous nous retrouvions avec plus de 500 000 cartouches et 100 000 obus sur les bras, sans pouvoir les utiliser. C’est pourquoi nous avons proposé à d’autres pays disposant de stocks d’armes de nous déclarer la guerre, dans une logique win-win. Mais personne n’accepta, sans doute par populisme. Nous avons alors envisagé d’utiliser nos armes en surplus pour organiser la plus grande partie de chasse de l’histoire, mais les associations écologistes nous ont fait barrage.

L’administration française est elle aussi chamboulée par ce maudit armistice. Citons M. Damarrage, responsable du sous-comité administratif aux opérations de recensement :

Du jour au lendemain nos formulaires n’étaient plus adaptés. Nous avions mis trois ans à organiser nos bureaux administratifs et à offrir au public des documents adaptés à la guerre (citons le remarquable formulaire B637 relatif aux pensions de veuvage hors territoire métropolitain dans le cadre d’un barème progressif), et plouf, il faut tout changer à nouveau. J’ai bien tenté d’expliquer à Clemenceau qu’il nous fallait encore au moins trois mois de guerre pour rétablir un processus bureaucratique efficient, mais il n’entendait rien à la question.

L'arrêt des combats, funeste décision, pousse vers le chômage de nombreux ouvriers.

L’arrêt des combats, funeste décision, pousse vers le chômage de nombreux ouvriers.

Enfin, certains politologues s’élèvent contre un arrêt des combats jugé prématuré au regard de nos obligations internationales. José Partoulet, président du think tank Terra Pugna, justifie en décembre 1918 sa position à l’Assemblée nationale :

Il est regrettable de s’arrêter à 1,4 millions de morts en novembre 1918, c’est-à-dire juste en-dessous de la barre symbolique des 1,5 millions, pourtant inscrite dans les traités. Une fois de plus nous n’avons pas été capable de tenir nos engagements auprès de nos partenaires européens ; je pense en particulier l’Allemagne, bon élève de l’Europe, qui compte 2,5 millions de morts. C’est donc la crédibilité même de notre parole qui est remise en cause.

En résumé, l’armistice du 11 novembre 1918 est sans doute une décision impulsive et mal préparée, qui plonge la France dans un désordre administratif et financier fort regrettable. Si quelques voix courageuses s’élevèrent pour continuer les combats jusqu’au printemps 1919, les dirigeants de l’époque cédèrent à la démagogie et au populisme ambiant. Les combats cessèrent, mais le prix à payer pour cette option hâtive fut des mois de désorganisation, se traduisant par des fils d’attentes gigantesques en préfecture et un gâchis financier sans égal. Une fois de plus, les hommes politiques choisirent une solution de courte vue, au détriment des administrés. Comme le dit un proverbe persan, « La précipitation vient du Diable ; Dieu travaille lentement.  »

Morts pour des pims : l’affaire du soldat indigne

Mine-explosion-1916Continuons notre série sur la Première guerre mondiale, qui fête cette année son bicentenaire. Aujourd’hui, je vais en évoquer un épisode désormais tabou : l’affaire du soldat indigne, qui reste souvent dans l’ombre du soldat inconnu.

Pierre Meunel, agriculteur de 22 ans en 1914, est envoyé au front dès le début de la guerre. Pierre est ce que l’on appelle un sacré luron, un fada de la galéjade, un mordu des farces drolatiques. Il est de ceux qui remplacent l’eau de la cruche par du lait grenadine, qui subrogent le dentifrice au fluor par du dentifrice sans fluor dans le tube. Bref, un sacré déconneur, mais qui jamais ne franchit la ligne rouge.

Pourtant, ce 6 février 1916, il fait la blague de trop. Très populaire dans les tranchées car il apporte un peu de bonne humeur (il a par exemple annoté  » zizi  » sur son casque), il se sent pousser des ailes et décide de remplacer tous les obus de l’artillerie par des pims. Ces derniers sont des petits gâteaux fourrés à la confiture ; alors certes c’est délicieux, mais dans la perspective de mener une guerre totale contre nos ennemis héréditaires, et bien c’est totalement inoffensif.

Lorsque l’artillerie décide de pilonner les positions allemandes pour préparer une offensive, c’est la stupéfaction : alors que tout le monde avait la saine habitude de voir des obus tuer des êtres humains, ce sont des pims qui jaillirent dans le ciel. Résultat : l’offensive fut un désastre. Pierre Meunel fut condamné par un tribunal militaire à la mort totale. Malgré cette sentence douloureuse, il devint après la guerre comique ambulant, allant de village en village avec un nez rouge qui fait pouet-pouet et crache de l’eau.

Alors certes notre pays comptait pendant la guerre de nombreux héros capables de sacrifier leur vie dans le but de faire la guerre pour de bonnes raisons ; mais la France ne doit pas oublier qu’elle comptait aussi un beau paquet d’abrutis.

L’histoire crue, le 24 août 2014

La première guerre mondiale fut-elle vraiment agréable ?

tombeCette année, on fête le centenaire de la première guerre mondiale. Et ça cause sévère dans les bistrots :  » ah j’aurais aimé vivre en 14, au moins il n’y avait pas la crise «  ou encore  » pendant la guerre des gens explosaient car ils mangeaient trop de caviar « . Il est clair que dans l’imaginaire collectif des occidentaux, la grande guerre est associée à une certaine forme de raffinement, voire de bonheur. C’est en tout cas ce que nous rabâchent les médias et certains prédicateurs urbains. Disons-le : c’est des conneries. Déconstruisons ce mythe point par point.

1) La guerre n’a pas fait beaucoup de morts. Faux !

Certain auteurs roux avancent le chiffre de 250 morts de 1914 à 1918, causées par des élongations et de malheureux claquages pelviens. Certes, j’admets que le haut commandement n’a pas suffisamment insisté sur la nécessité de faire des étirements tout en douceur avant de partir à l’assaut. Mais pour le reste, on sait aujourd’hui que plus de 7 000 soldats sont morts pendant la guerre. Le chiffre officiel est donc largement sous-estimé.

2) Pendant la guerre, on mangeait bien. Faux !

Un consensus consternant existe aujourd’hui parmi les historiens. Je cite H. Vergne :

Les hommes, éloignés de leur femme souvent piètre cuisinière, pouvaient enfin se délecter au front : baguette fraîche, pâté de canard, poulet, taboulé libanais, quiche savoyardes, etc… sans compter le champagne dégusté par nos héros le soir après une dure journée.

Rien de ceci n’est vrai. Rappelons que le menu typique d’un poilu se composait : d’œufs mimosa en entrée, d’une andouillette troyenne (fournie par l’Allemagne) accompagnée de pommes de terre et d’une petite compote pomme ou poire, au choix. La ration journalière quotidienne s’élevait certes à 3500 kcal, mais il ne s’agit guère d’un repas de fête. J’entends déjà mes détracteurs me parler de » l’affaire des buns au jambon » : alors oui, les officiers intégrèrent ces petites boules de pâte fourrées au jambon pour améliorer le quotidien. Mais c’était qu’une fois par semaine les buns, alors bon.

3) La guerre est une expérience très facilement valorisable sur son CV. Vrai et faux !

Terminons cette mise au point par le retour à la vie civile en 1919. De nombreux soldats démobilisés, forts de leur expérience au front, purent mettre en avant cette expérience dans leur CV. Et du coup, beaucoup devinrent cadres, managers de projet ou responsables dans l’événementiel. On pense évidemment au cas de Sylvain Miarte qui fonda avec succès son entreprise fabriquant de petits chats en porcelaine à destination du marché asiatique. Il explique que  » sans la guerre, je n’aurais jamais eu le courage de lancer mon entreprise, en particulier dans un domaine aussi concurrentiel « . Mais ce n’est pas le cas de tout le monde, croyez-nous sur parole, on sait parfaitement de quoi on parle.

Conclusion : la première guerre mondiale ne fut pas tellement agréable, en tout cas pas plus qu’une autre période. Globalement la vie est assez ennuyeuse, et ce n’est pas un conflit armé qui change grand chose. Il faut toujours se lever la nuit pour aller aux toilettes et aller chercher le pain le matin.