Morts pour des pims : l’affaire du soldat indigne

Mine-explosion-1916Continuons notre série sur la Première guerre mondiale, qui fête cette année son bicentenaire. Aujourd’hui, je vais en évoquer un épisode désormais tabou : l’affaire du soldat indigne, qui reste souvent dans l’ombre du soldat inconnu.

Pierre Meunel, agriculteur de 22 ans en 1914, est envoyé au front dès le début de la guerre. Pierre est ce que l’on appelle un sacré luron, un fada de la galéjade, un mordu des farces drolatiques. Il est de ceux qui remplacent l’eau de la cruche par du lait grenadine, qui subrogent le dentifrice au fluor par du dentifrice sans fluor dans le tube. Bref, un sacré déconneur, mais qui jamais ne franchit la ligne rouge.

Pourtant, ce 6 février 1916, il fait la blague de trop. Très populaire dans les tranchées car il apporte un peu de bonne humeur (il a par exemple annoté  » zizi  » sur son casque), il se sent pousser des ailes et décide de remplacer tous les obus de l’artillerie par des pims. Ces derniers sont des petits gâteaux fourrés à la confiture ; alors certes c’est délicieux, mais dans la perspective de mener une guerre totale contre nos ennemis héréditaires, et bien c’est totalement inoffensif.

Lorsque l’artillerie décide de pilonner les positions allemandes pour préparer une offensive, c’est la stupéfaction : alors que tout le monde avait la saine habitude de voir des obus tuer des êtres humains, ce sont des pims qui jaillirent dans le ciel. Résultat : l’offensive fut un désastre. Pierre Meunel fut condamné par un tribunal militaire à la mort totale. Malgré cette sentence douloureuse, il devint après la guerre comique ambulant, allant de village en village avec un nez rouge qui fait pouet-pouet et crache de l’eau.

Alors certes notre pays comptait pendant la guerre de nombreux héros capables de sacrifier leur vie dans le but de faire la guerre pour de bonnes raisons ; mais la France ne doit pas oublier qu’elle comptait aussi un beau paquet d’abrutis.

L’histoire crue, le 24 août 2014

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