L’abolition de la peine de mort

Captain_Kidd_hangingEn 1981 François Mitterrand décide d’abolir la peine de mort en France, alors même que l’opinion publique souhaite majoritairement la conserver. Comment expliquer ce choix historique ? Écartons l’idée ridicule d’un attachement à la personne humaine, car Mitterrand était socialiste et donc athée. La vraie raison est ailleurs, et remonte à l’année 1854 dans la petite ville de Brioudé qui se situe en Charente (Mitterrand étant né à Jarnac).

Le 12 juillet 1854 donc, un individu condamné à mort se présente menotté sur la place publique de Brioudé. Avec lui sur l’estrade, on trouve le bourreau chargé de son exécution ainsi que divers notables locaux. La foule nombreuse vient assister à l’application de la peine. Après avoir donné l’occasion au condamné de prononcer ses dernières paroles (un violent réquisitoire contre le découpage électoral des cantons charentais), le bourreau saisit sa hache et la lance de toutes ses forces en direction du cou du condamné. Malheureusement, son geste maladroit frappa de plein fouet le torse du bourgmestre qui périt sur le coup, se délestant de plusieurs organes. Passée la stupeur, le bourreau retenta sa chance, mais sa hache lui glissa des mains avant de tourbillonner en direction de la foule, tranchant alors la tête d’une quinzaine de personnes.

C’est ici que les ennuis commencent : des femmes, prises de panique à la vue du scalp de leurs maris, décident de s’immoler par le feu, courant sur la place en hurlant. La plupart moururent rapidement, mais malheureusement l’une d’entre elles provoqua un incendie qui se répandit rapidement aux maisons mitoyennes, les toits des maisons étant constitués de paille séchée. Si les vieillards pris au piège moururent brûlés, les enfants tentèrent d’échapper à cette mort certaine en rejoignant la place. Ces évènements inhabituels et imprévus furent une réelle source d’anxiété pour de nombreux jeunes hommes, qui basculèrent dans la folie pure et transpercèrent la cage thoracique des badauds afin de leur arracher le cœur. La place n’était déjà plus qu’un immense lac de sang, dans lequel se noyèrent bien tristement les enfants venus là pour échapper à l’incendie. Notons que le consciencieux bourreau, loin de se laisser distraire par ces péripéties, poursuivit son œuvre, mais en vain, puisque le troisième coup de hache lui trancha sa propre jambe et subséquemment lui ôta la vie.

A la fin de la journée, il ne restait plus grand chose de Brioudé, si ce n’est le condamné à mort qui mourut le lendemain de déshydratation. Ce fait divers fit grand bruit dans la région, et François Mitterrand, né à Jarnac, en nourrit une hostilité franche vis-à-vis de la peine capitale. La petite histoire rejoint donc parfois la grande.