La conquête administrative de la Gaule (3/3)

1657_Jansson_Map_of_France_or_Gaul_in_Antiquity_-_Geographicus_-_Galliae-jansson-1657Lisez d’abord le premier article et le deuxième article sur la conquête de la Gaule, sinon vous n’allez rien comprendre, comme d’habitude.

Je récapitule : César avait cordialement demandé aux Gaulois le rattachement administratif de leurs territoires, mais seul Vercingétorix avait accepté. Les autres chefs gaulois, trop fiers et têtus comme des mules, avaient préférés la guerre. Notre bon César fut quelque peu contrarié :  » Ce n’était pas vraiment prévu, et ça fait un peu chier quand même (magnum caca est)  » marmonna-t-il. Il échafauda à la hâte un comité consultatif d’experts chargé de la suite des événements, qui  publia deux mois plus tard le document suivant :

Considérant l’obstination revêche des Gaulois, nous proposons les mesures suivantes :

  1. La mobilisation de six légions afin de mener la guerre, ce qui nous paraît concilier nécessités de service et contraintes budgétaires.
  2. Pour neutraliser l’ennemi, nos soldats devront leur insérer leurs glaives dans la cage thoracique des Gaulois afin de provoquer une hémorragie dont l’objectif est d’entrainer la mort.
  3. si le point numéro 2 est insuffisant, nos soldats pourront lancer leur pilum (javelot) à une distance comprise entre 1 et 3 mètres, afin de transpercer les Gaulois, et provoquer ainsi une hémorragie dont l’objectif est d’entrainer la mort.
  4. Si les combats s’éternisent et provoquent des heures supplémentaires, les légionnaires percevront un supplément mensuel additionnel sur la base de leur échelon et de leur ancienneté.
  5. Tout mouvement de troupe devra être validé par les autorités compétentes dans un délai de huit jours ouvrables après publication officielle, sous peine de nullité.
  6. Une fois l’opération achevée, une proclamation officielle sera officiellement proclamée à Rome, autour d’un buffet-dinatoire organisé par un prestataire externe après appel d’offre.

Jules César appliqua à la lettre les mesures préconisées, et le 1er septembre 58 à 9h34 est déclenchée l’opération Cisalpin Freedom. Les opérations militaires furent un succès total (vous pouvez consulter la carte pour plus de précisions). Preuve de la victoire de la civilisation sur la barbarie, seulement douze aimables Romains périrent durant la guerre des Gaules, contre cent trente millions de Gaulois sauvages. L’épisode le plus marquant fut l’introduction d’un glaive dans la cage thoracique du chef des Allobroges, Catgnatos, ce qui provoqua une hémorragie puis la mort comme prévu au point numéro 2. César, d’habitude placide, laissa même échapper un petit cri de joie assez féminin lorsque la victoire fut acquise. Peu après, il instaura la dictature, ce qui nous permet de dresser un bilan très positif de la guerre des Gaules.

Terminons par une citation de Victor Hugo : «  d’ordinaire, les empires conquérants meurent d’indigestion « . Faites-en ce que vous voulez, laissez-moi tranquille.

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La conquête administrative de la Gaule (2/3)

Siege-alesia-vercingetorix-jules-cesarCet article est la suite de celui-ci.

Jules César, après avoir lu le senatus consulta, trépigne d’impatience à l’idée de l’appliquer. L’infaillible machine bureaucratique se met alors en place : création de 5 sous-commissions spécialisées dans des domaines spécifiques, nomination de huit experts sur la question gauloise, production d’un rapport de six cents pages consacré aux aspects juridiques de la conquête de la Gaule. Le résultat, un an plus tard, est la rédaction d’un document d’une grande pureté juridique :

Moi, Jules César, je souhaite annexer la Gaule. Moi, Jules César, j’applique la volonté du peuple romain. Moi, Jules César, j’ai rédigé le présent document. Moi, Jules César, m’adresse aux chefs gaulois afin d’annexer leur territoire, dans un délai de huit semaines à compter du 7 mars 58 avant Jésus-Christ (qu’il vienne celui-là, on va lui préparer un comité d’accueil). Moi, Jules César, offre aux Gaulois soit l’annexion, soit la guerre. Vous trouverez en pièces jointes l’ensemble des références juridiques donnant à ce document force de loi. Bien Cordialement, Jules César.

Le plus dur restait à faire, car les Gaulois n’avaient globalement pas grand chose à foutre du droit. Ils passaient leur temps à copuler, à boire, à courir dénudé dans des forêts en bouffant de la viande crue. Très franchement si les Gaulois sont nos ancêtres j’ai un peu honte, mais vu certains membres de ma famille ça ne m’étonnerait pas trop.

Contrairement à une idée reçue, Vercingétorix accepta l’annexion pacifique de ses territoires. Recevant l’injonction romaine, il aurait dit :  » Ma foi c’est un fort beau document, qui respecte toutes les formes du droit. Je ne puis m’opposer à l’annexion qui semble tenir compte des prescriptions du droit international « . Si certains de ses hommes le traitèrent de grosse tata, les autres respectèrent globalement sa décision.

Par contre, les autres tribus gauloises refusèrent l’annexion. Le chef des Allobroges, Catgnatos, déclara même  » on n’en a pas grand chose à carrer de ce machin César, qu’il vienne on va lui maraver les parties du bas « .

C’est ainsi que débuta la guerre des Gaules. La suite au prochain numéro. Le suspens est à son comble, je ne sais pas vous mais moi je ne tiens plus.

La conquête administrative de la Gaule (1/3)

César_Ambrogio_ParisiDans l’imaginaire collectif, la conquête de la Gaule par Jules César est une aventure romanesque : le courageux Romain décide de prendre tous les risques pour mener à bien l’ambition d’une vie, bravant les dangers et écrasant ses ennemis lors de batailles homériques. La réalité est toute autre, puisque Rome était un État de droit qui nous a légué son modèle administratif soucieux de la légalité.

En 59 avant Jésus Christ, Jules César est proconsul de la Gaule du bas, dite Gaule cisalpine, ce qui correspondrait aujourd’hui à la présidence du Conseil régional de PACA. Installé dans son bureau à Aix (Aquae Sextiae), il étudie les différents documents administratifs qui lui parviennent : directive relative à l’harmonisation de la taille des olives, règlement standardisant la largeur des voies vicinales, décret du sénat alignant la retraite des légionnaires sur celle des auxiliaires. Paraphant ces papiers avec conviction, il charge son directeur de cabinet de les dupliquer en trois exemplaires, de les classer et de faire paraître au journal officiel leur contenu.

Mais ce matin-là, notre Jules César est surpris : pas par le décret relatif à l’harmonisation des visages, qu’il survole en souriant, reconnaissant là une farce de son aide de camp avec lequel on ne s’ennuie jamais. Mais plutôt par l’encre bleue encore fraiche d’un senatus consulta d’une importance inhabituelle :

Considérant : 1. Que les Gaulois sont des gros cons tout daubés. 2. Qu’il est souhaitable de leur apporter la démocratie 3. Qu’a priori on est plus fort qu’eux donc on ne risque pas grand chose 4. Qu’on a consulté les auspices et que pas mal de pigeons sont allés du bon côté. 5. (l’acte, rédigé sur un bloc de marbre, est ici illisible car fendu, et l’on ne peut lire clairement que le mot « jambon »).

Le Sénat de Rome, composé de types avec la grosse classe, déclare : 1. La mise en place d’une sous-commission préliminaire d’étude chargée de la faisabilité de la conquête de la Gaule. 2. A terme, la conquête de la Gaule ou son rattachement administratif, si les conclusions de la sous-commission sont validées par le comité d’étude chargé de la validation des décisions prises par les sous-commissions exceptionnelles.

Ce présent document a force de loi. Senatus Populusque Romanus, le 4 juillet en 59 avant Jésus Christ (que nous attendons avec impatience, on va bien lui faire la fête à ce hippy).

Quelle va-être la réaction de Jules César ? Vous le saurez très bientôt. Je sais que vous trépignez d’impatience, mais reprenez-vous, vous n’avez aucune allure.