Le scandaleux Tour de France 1934

1933_SpeicherLeducqComme vous le savez, j’adore le cyclisme. Non pas du fait des combishorts moulants portés par nos vaillants héros de la route ; non, je les trouve disgracieux et excessivement langoureux. J’aime le cyclisme car c’est un sport qui demande le courage, la souffrance et la rigueur morale qui manquent à notre pays, corrompu par le laxisme et le laisser-aller généralisé. J’aime le cyclisme car c’est un sport proche du terroir, de cette terre nourricière que travaillent avec l’énergie du vrai les Français depuis des générations. Alors lorsque j’ai appris que le Tour de France 1934 s’est joué sur une filouterie minable, mon sang n’a fait qu’un tour.

En effet, je travaille actuellement dans le fonds d’archives Gérard Holtz à la Bibliothèque nationale de France, dans le but d’écrire la biographie de cet homme au parcours fascinant. Mais mon travail a pris une tournure inattendue lorsque j’ai mis la main sur un petit livret estampillé Antenne 2. A l’intérieur, stupeur : j’ai découvert que le vainqueur du Tour de France 1934 n’était pas le Français Jean-Louis Bibart comme le prétend le palmarès officiel. Oui, la triche déjà, bien avant l’EPO.

Rappelons qu’en 1934, Hitler est au pouvoir en Allemagne, et qu’il souhaite par-dessus tout qu’un Allemand remporte la Grande Boucle. C’est pourquoi il met en place un programme dantesque pour améliorer les performances de l’équipe teutonne. Il engage le docteur Schwartz, qui révolutionne le cyclisme en proposant aux coureurs de s’entrainer s’ils le souhaitent en pratiquant régulièrement le vélo, afin d’augmenter leurs performances. Très vite, le jeune Hans Müller (surnommé le goujon de Hanovre) se met en évidence, remportant coup sur coup le Tour de Bavière puis la Flèche du Rhin. Du côté français, c’est bien entendu l’inquiétude qui prédomine, car on prend alors conscience que le Tour pourrait revenir à un Allemand.

Le podium du Tour de France 1934

Le podium du Tour de France 1934

C’est alors que le misérable José Merrieut, directeur technique national, met au point une manœuvre téméraire mais malhonnête : l’équipe française sera emmenée par un ours, grimé maladroitement en être humain. Si le procédé est déroutant, j’admets que la cause est noble, puisqu’il s’agit de défendre notre nation ; et autant je tolère qu’un homme n’aime pas son prochain, car c’est fort peu naturel, par contre j’abhorre de tout mon être ceux qui refusent le patriotisme le plus élémentaire.

L’ours est rasé de près, ses ongles sont coupés ras, et il enfile un maillot tricolore taille XXL au nom de Jean-Louis Bibart. Les journalistes n’y voient que du feu : lors des interviews, un ventriloque se place à côté de l’animal pour répondre de façon crédible ( » Chaque jour est une nouvelle étape, j’espère que tout se passera bien demain  » ou  » Ma victoire c’est d’abord la réussite d’une équipe « ). Et personne ne semble vraiment intrigué à la vue du directeur sportif qui lance des morceaux de viande de mouton à l’avant du peloton pour inciter l’ours à accélérer. Il paraît même que l’ours se faisait transfuser du sang humain pour améliorer ses performances.

Résultat : après trois semaines de course, l’ours possède six heures d’avance sur ses concurrents. Les spectateurs imbéciles et cocardiers célèbrent comme des veaux sa victoire sur les Champs-Élysées, élevant le vainqueur au rang de demi-Dieu. Et les Français, cons comme leurs pieds, tiennent leur sauveur, et foutre Dieu tant pis si ça pue la magouille à plein nez. Et bien désolé de pousser une gueulante, mais cette victoire a été acquise de façon dégueulasse par des Jean-foutres, par des pelles à merde et des peigne-culs, et comme beaucoup je me sens grugé bien comme il faut. Si d’habitude je suis producteur de savoir, présentement je suis producteur de colère et d’aigreur comme savent l’être les hommes de la Picardie du Sud-Est dont je suis.

Permettez-moi de reprendre la citation de Rivarol  » Dans chaque ami, il y a la moitié d’un traître  « , et de l’adapter à la situation :  » dans chaque ours, il y a la moitié d’un traître « .

L’autre Allemagne-Brésil : le match de la honte

Parce que des ouvriers semblent péniblement nous lire, nous allons parler de football.

Le monde entier était sous le choc après la victoire 7 à 1 de l’Allemagne contre le Brésil lors de la coupe du monde 2014. Pourtant, ces deux équipes avaient déjà mené en 1924 un match tout aussi dramatique. Revenons sur ce que les reporters de l’époque ont appelé  » le match de la honte ».

Après 20 minutes de jeu plaisantes, faites de passements de jambes, de contrôles orientés et de passes meurtrières, l’attaquant allemand Hans Schultz marque un somptueux but ; une frappe très pure aux 20 mètres. Le gardien brésilien est battu, et le ballon gît au fond des filets. Mais contre toute attente, l’arbitre mexicain, un certain Pépito Hernandez, refuse catégoriquement d’accorder le but. Lorsque les joueurs allemands s’approchent de lui pour leur faire part de leur mécontentement, ils sont frappés par une odeur fétide émanant de la bouche de l’homme en noir : il a non seulement dégusté un cassoulet avant le match, mais il l’a arrosé de vin blanc et de quelques verres de poire en digestif. Manifestement ivre, l’arbitre commence à danser de façon maladroite, avant de s’effondrer dans la surface de réparation en hurlant  » laissez moi me battre avec un crocodile, je suis un homme « .

Les organisateurs, dépassés par les évènements et soucieux de conserver la recette du match, décident de poursuivre la rencontre, tout en cherchant un crocodile pour l’arbitre. Ce dernier, affalé par terre en train de maudire à tu-tête la terre entière, ne pouvait plus faire son travail : les joueurs étaient livrés à eux-mêmes, et plus aucune règle ne pouvait dès lors canaliser la nature humaine violente et agressive. Les joueurs des deux équipes se frappèrent violemment, d’abord avec les pieds, puis avec les mains (la transgression était totale). Plus grave, Luizao da Silva, le petit attaquant lusitanien, frappa Schmitt à la tête, avant de le pendre à la transversale de son équipe sans raison valable. C’est alors que des supporters des deux camps sortirent des arcs et allumèrent les flèches, avant de tirer tout azimut.

Mais la ligne rouge fut franchie lorsqu’un supporter allemand cria :  » Vous les Brésiliens vous produisez beaucoup de grains de café « , ce qui était manifestement raciste. La police entra alors dans le stade, mettant fin à ce simulacre de match, en utilisant des gaz lacrymogènes, des tasers et des étoiles de ninja.

Seul l’arbitre resta, car on lui avait trouvé un crocodile. Le combat fut long, car l’animal était déconcerté par les gestes hésitants de l’arbitre. Mais finalement l’animal l’emporta d’un coup de mâchoire, ce qui mit fin à la carrière désastreuse de senior Pépito Hernandez.

L’Allemagne fut déclarée vainqueur (1 à 0), mais cela n’est pas le plus important. On retient de ce match oublié que la nature humaine est profondément mauvaise, et que tout peuple civilisé doit se doter de règles strictes appuyées par des forces de l’ordre intraitables. En résumé, mieux vaut un peu d’autoritarisme qu’un gros bordel :  » la liberté ne fait pas le bonheur. Je n’ai jamais été aussi heureux que sous la contrainte  » (André Gide).

Autre leçon : on interdit les arcs dans les stades de football.

L’histoire crue, le 10 août 2014