L’histoire incroyable du canal de Suez

Vue du canal de Suez, avec à droite la statue de Ferdinand de Lesseps

Vue du canal de Suez, avec à droite la statue de Ferdinand de Lesseps

Ferdinand de Lesseps est l’un des Français les plus célèbres, et malgré cela il reste largement méconnu. Il est à l’origine de la construction du canal de Suez, probablement le plus important ouvrage d’art de l’histoire de l’humanité, rien que ça. Grâce au canal, les navires commerciaux n’ont plus besoin de contourner l’Afrique, et on estime que 40% du trafic pétrolier mondial passe par Suez. Je vais vous raconter l’histoire de son créateur.

A 18 ans, avec ses amis à l’école d’ingé, il rêve comme tous les jeunes de son âge de créer une entreprise par actions capable de générer des dividendes à deux chiffres tout en redressant la balance commerciale de son pays. Quand on est jeune, on n’est pas tout à fait dans la réalité et on a des idéaux un peu puérils. Dans ses Mémoires, Ferdinand raconte : «  nous voulions nous enrichir rapidement, afin d’accumuler d’énormes sommes d’argent pour acheter des vêtements de marques et manger dans les meilleurs restaurants. C’était pour nous une façon d’oublier la vacuité totale de nos existences et l’absence de but. Avec un peu de chance, on mourrait sans jamais avoir eu à se demander si notre vie avait le moindre sens « .

Très vite pourtant, Ferdinand doit faire face à des difficultés énormes. D’abord dans la conception : sans calculatrice ou ordinateur, il est souvent contraint d’établir ses mesures au pif au mètre. Il pensait qu’il existait une différence de niveau de neuf mètres entre la mer Méditerranée et la mer Rouge ; dans ces conditions, l’ouverture du canal aurait provoqué des catastrophes naturelles majeures. Mais peu confiant dans ses calculs, il décide quand même de continuer, utilisant un argument scientifique très classique :  » on verra bien ce que ça donne « .

Ensuite, les travaux posent de graves problèmes de santé : je ne parle bien entendu pas des dizaines de milliers de morts Égyptiens de faible constitution qui périrent en creusant le canal, essentiellement du fait de coups de soleil. Ils moururent certes, mais avec le sentiment du devoir accompli et du travail bien fait.

Non, je vous parle d’un mal bien plus insidieux, le surmenage. Ferdinand de Lesseps, travaillant sans compter ses heures et sous la menace perpétuelle des actionnaires, sombre dans le burn out. Il obtient un arrêt maladie par son médecin, puis il profite d’un mi-temps thérapeutique payé aux deux-tiers.

En outre, il consomme des produits psychotropes : cocaïne pour tenir le coup et opium pour calmer ses crises d’anxiété. De nos jours cela peut faire sourire car grâce à la médecine moderne nous disposons d’antidépresseurs qui n’ont rien à voir avec ces produits dangereux ; la preuve, c’est que les médicaments sont dans des boîtes bariolées avec un manuel d’utilisation. De plus ils sont testés par des groupes pharmaceutiques et ils sont remboursés par la sécurité sociale. Toutefois l’effet de ces drogues est bluffant, les molécules modifient son cerveau et transforment l’hideuse réalité en monde joyeux et coloré. Grâce aux drogues consommées, il peut retrouver sa place dans l’appareil productif, ce qui soulage ses proches.

La construction du canal achevée, Ferdinand exulte. C’est le triomphe de la volonté et de l’esprit d’un homme face à son destin (?). Le canal de Suez est encore de nos jours une artère vitale dans le commerce international. Si un jour l’Égypte était frappée d’instabilité politique, il serait fort à parier que le commerce mondial s’effondrerait, provoquant une terrible récession dans les pays riches. La meilleure solution serait alors d’instaurer un régime militaire afin de rétablir la sécurité du canal. Je dis ça, je dis rien.

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