Les banquets au Moyen-Âge : une débauche bien nécessaire

15th_century_French_banquetingSuite à mon article remarquable sur la guerre au Moyen-Âge, de nombreux lecteurs incultes mais intrigués m’ont demandé des précisions sur une coutume de ce temps, le banquet. Bien qu’au sommet de pyramide intellectuelle de notre pays, je ne daigne pas de temps à autre me pencher vers les gens simples, vers vous en résumé. Certains appelleront cela du populisme, moi j’appelle cela de l’instruction publique dans un pays qui en a bien besoin.

Le banquet donc. Au Moyen-Âge, les moments de détente sont rares, même pour les seigneurs. Ces derniers sont en effet absorbés par leurs tâches nobles mais ardues : lever les impôts, rendre la justice, soumettre les vassaux, faire la guerre, etc… L’être humain en général et les pauvres en particulier étant par nature séditieux et subversifs, les nobles doivent veiller au grain et tuer dans l’œuf toute velléité d’émancipation. Cela demande une énergie prodigieuse, et de nombreux cas de burn out sont signalés dans les sources de l’époque.

Le banquet constitue une soupape de sécurité : c’est un moment convivial, durant lequel les puissants peuvent oublier leurs tracas quotidiens pour partager avec leurs égaux un morceau de viande, une miche de pain et des haricots en sauce. Au début du banquet, l’ambiance est généralement feutrée et guindée. On respecte à la lettre les bienséances, on se vouvoie et personne ne fait un pet de travers. Mais petit à petit, le mauvais vin aidant, la politesse relâche son étreinte.

Oubliées les fourchettes, les seigneurs deviennent des ogres qui bouffent à pleines dents (c’est-à-dire douze selon la moyenne de l’époque) des morceaux de poulet qui ruissellent de saindoux ; terminée la galanterie, les femmes deviennent des objets qu’on pelote à grands coups de claques sur les fesses ; terminé le respect, le plus grand des suzerains est surnommé  » tête de gland  » (hoc est a capite fimbriam) comme le premier des palefreniers. Parallèlement à cette bamboula poissarde, des hommes déguisés en ours jonglent avec des crânes humains, tandis que des bardes efféminés chantent les louanges du duc d’Aquitaine, à qui on aurait tranché ce qui normalement est bien accroché.

Terminons notre article en rappelant que les banquets constituaient l’occasion de nouer des alliances entre les grands de ce monde, et plus d’une fois la face du monde s’est jouée lors de ces repas gargantuesques. Le mariage organisé lors d’un banquet entre le comte Eudes d’Artois et sa petite cousine de sept ans Adélaïde de Vermandois en est un très bon exemple. Non seulement cette alliance permit de faire la paix avec la branche cadette de la famille, mais à peine un an plus tard la jeune et heureuse mariée donnait naissance à un héritier légitime à la couronne, évitant ainsi une terrible crise de succession. Quelle belle histoire !

Terminons par une citation de Victor Hugo :  » Au banquet du bonheur bien peu sont conviés « . Débrouillez-vous avec, je ne peux pas tout faire à votre place.

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Repousser les barbares : le mur d’Hadrien

Hadrian's_wall2Au début du IIe siècle après JC, l’empire romain connaît son apogée : chômage faible, taux de croissance élevé, déficit public inférieur à 3%… Grâce à une politique de modération salariale, son économie est très compétitive, ce qui lui permet de prendre de nombreuses parts de marché à l’export. Mais cette prospérité insolente a une contrepartie : c’est l’immigration massive et subie de barbares métèques.

En effet, de nombreux étrangers fuyant la misère des vertes forêts germaniques ou des déserts sans fin du Sahara migrent vers l’Empire romain alors qu’on ne leur avait rien demandé. Leur motivation : les salaires élevés et le système social romain généreux dont ils comptent bien profiter. Au départ le déplacement de populations vers l’Italie est limité, seuls quelques jeunes hommes s’installent dans le Latium pour former une main-d’œuvre bon marché exploitée par les propriétaires fonciers romains. Mais très vite la pression migratoire s’amplifie et devient massive : on parle alors de vague migratoire.

Alors l’identité nationale romaine est menacée, puisque la culture des barbares est incompatible avec la culture romaine, supérieure et raffinée. Prenons l’exemple des Pictes, l’équivalent actuel des Écossais. Alors que pour les Romains il n’existe aucune séparation possible entre le politique et le religieux (l’empereur est divinisé lors de l’apothéose), les Pictes sont fermement convaincus du contraire, puisqu’ils séparent strictement le rôle de prêtre et celui de chef. On voit bien que nos ancêtres, les cultivés Romains, devaient faire face à la menace de peuples primitifs et barbares incapables de s’intégrer. Et en plus ils ne faisaient aucun effort pour parler latin, c’était une vraie violence symbolique quotidienne à l’encontre des citoyens romains.

Cela oblige les autorités à prendre la seule mesure possible : construire des murs autour de l’Empire. Étudions le cas du mur d’Hadrien. Situé à la limite entre l’Angleterre et l’Écosse, il a pour but d’éviter que les barbares du Nord de l’île ne s’installent dans le Sud de l’Angleterre et viennent troubler la vie paisible des citoyens romains, ou anglais, je ne suis plus très sûr de savoir qui est civilisé et qui est barbare. Bref ça marche du tonnerre, on fait patrouiller des auxiliaires (c’est-à-dire des étrangers) le long du mur pour éviter les migrations des étrangers venus du Nord, protégeant ainsi les étrangers du Sud du mur. Afin de limiter l’impact budgétaire du mur, le prestataire ayant remporté l’appel d’offre a fait appel à des Pictes du Nord pour le construire. Bref, c’est une réussite totale dont devrait s’inspirer l’agence européenne chargée de la surveillance des frontières, Frontex.

Concluons avec cette citation de Lévi-Strauss :  » le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie « . Aucune idée de ce que cela veut dire mais ça pète bien.

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