La vérité sur la guerre au Moyen-Âge

Codex_Manesse_Walther_von_KlingenTous les jeunes mâles de la planète jouent avec des châteaux-forts et des chevaliers en plastique, pendant que les filles jouent à la dînette. Les plus éminents biologistes ont très bien expliqué cette différence par les hormones, l’ADN et les Oméga 3. Personnellement je trouve cela sain ; dans un monde qui se rapproche chaque jour un peu plus de l’abîme, c’est rassurant de voir qu’il existe des choses immuables, comme les différences entre les sexes ou la faim dans le monde. Mais revenons à notre sujet, la guerre au Moyen-Âge.

A cette époque, tout conflit débute par un manquement à l’honneur : on ne déclare pas la guerre pour du pétrole ou pour faire diversion lorsque les chiffres du chômage sont mauvais. Non, on déclare la guerre parce qu’un seigneur voisin a enlevé votre femme. On déclare la guerre lorsqu’un vassal décide de chasser le chevreuil sur vos terres. On déclare même la guerre si un inféodé prend le dernier morceau de viande au banquet que vous avez organisé. On était comme ça au Moyen-Âge, un peu rustre, mais très fier, le moindre camouflet se transformant en affront impardonnable.

Lorsqu’on déclarait la guerre, on le faisait savoir au monde entier : on sortait des étendards immondes avec des têtes d’ours, on soufflait dans des clairons rouillés, bref on gueulait pour que tout le monde soit au courant à dix kilomètres à la ronde. Parce qu’il n’y a rien de plus con que de mourir à la guerre alors que personne n’est au courant, on envoyait des messagers dans tous les patelins pour faire une annonce sur la place du marché. Et puis on insultait, histoire de marquer le coup :  » Moi Gaultier, vicomte des terres qui vont de la rivière au moulin près de la montagne, déclare que le soi-disant baron Childebert du Tertre est un bandoulier, un taille-lard, un géménée de godinette «  (en gros, Moi Gaultier je traite Childebert de sac à merde).

Puis venaient les batailles. Attention, ce n’était pas des combats comme dans le seigneur des anneaux. Non, il faut plutôt imaginer une dizaine de types ivres d’un mètre soixante à tout casser, souffrant de sous-nutrition, portant laborieusement des épées bien trop lourdes pour eux. Parfois, par le plus grand des hasards, un chevalier parvient à en toucher un autre, mais pas forcément un ennemi parce que personne ne sait vraiment qui est dans quel camp. En général après dix minutes tout le monde est bien crevé à cause de la chaleur étouffante à l’intérieur des armures qui pèsent une tonne et la bataille s’arrête lorsque tout le monde s’est évanoui. Du coup personne ne pouvait vraiment dire qui avait gagné.

Le plus compliqué était donc de faire la paix. Souvent, au bout de quelques jours seulement, on avait complètement oublié pourquoi on se faisait la guerre. Lorsqu’un seigneur renvoyait un négociateur de paix ennemi en déclarant  » vos propositions sont très nettement insuffisantes au vu de nos revendications « , on pouvait être sûr qu’il ne se souvenait plus du tout de l’origine du conflit. Alors on offrait n’importe quoi, un bijou, une chèvre ou encore une femme pour sceller l’entente retrouvée, sans que personne ne comprenne vraiment ce qu’il s’est passé.

Concluons avec une citation de Sartre :  » Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent « . Cela n’a aucun lien avec l’article, mais s’il vous plait soyez indulgent, j’ai eu une semaine très difficile.