La mystérieuse famine de 1267

Medieval_wine_conservationCe n’est pas pour me vanter, mais il a fait très beau récemment. Ce n’était pas le cas en 1267 dans la région de Ligny-en-Barrois, au cœur de la Champagne crayeuse, dont le sol d’une rare ingratitude empêche toute activité agricole fertile. Les habitants de cette petite commune devaient de ce fait mener une bataille permanente contre la nature, afin de produire juste suffisamment de blé pour survivre. On peut même parler de véritable cauchemar quotidien, tant les Linéeo-Barroissiens présentaient tous les symptôme d’une sinistrose aiguë, malgré un faible taux de chômage et une inflation maîtrisée.

Comme chaque hiver, le manque de nourriture oblige les habitants à manger peu : quelques croutes de pain rassi, des racines déterrées ça et là, des cartilages ingrats d’animaux à tremper dans une soupe à l’eau transparente dans laquelle on tente vainement de faire infuser les restes de topinambours… Inutile de dire que ce n’était pas la joie, et que personne n’était bien gros dans ce patelin.

Mais l’hiver 1267 est particulier : la récolte ayant été fort mauvaise, dès le mois de décembre la nourriture manque. En janvier, il n’y avait plus rien, que dalle, peau de zob. Alors on commence par abattre les animaux domestiques et les bêtes d’élevage : chien, poulet, veaux, chevaux, mais aussi Patrick la girafe qui était la très populaire mascotte du village. C’était insuffisant, alors les Linéo-Barroissien décidèrent de manger les meubles : les tables, les étagères, les chaises. Cela n’apaisa leur faim que quelques jours. Bientôt il fallut manger les maisons, dont la plupart étaient réalisées en torchis, un mélange de foin, de paille et d’excréments.

L’hiver étant très rude, les habitants les plus faibles périrent de froid, car les maisons dévorées, ils n’avaient nul part où se protéger des vents glacials qui balayaient la région. On décida donc de manger les vieillards, les nourrissons et les roux (on cherchait en effet depuis longtemps un prétexte pour éradiquer les « hommes aux cheveux de feu », présentés à raison comme des serviteurs du Diable). La situation devenant critique, certains s’en remirent à Dieu, ce qui ne les empêcha pas de mourir. D’autres ne s’en remirent pas à Dieu mais au hasard, mais ils moururent de façon identique. En Février, il n’était pas rare de voir des enfants en guenilles ronger les os de leurs grands-parents fraichement décédés, blottis dans un terrier de renard, le corps bariolé de bubons putrides, tandis que leurs dents tombaient de leurs gencives purulentes.

Seul Jeannot Coutefroid, un commerçant du village, semblait tirer son épingle du jeu. Loin de dépérir, il grossissait à vue d’œil et plus le temps passait plus il ressemblait à un bouffi bedonnant. L’explication est très simple : il avait acheté à l’automne la part du lion de la récolte, grâce à sa fortune personnelle ! Alors que les autres habitants s’étaient comportés de façon insouciante, lui avait pris ses dispositions, et fut le seul survivant. La morale de cette histoire est qu’il est nécessaire d’être prévoyant, afin d’anticiper les situations difficiles plutôt que de se comporter en je-m’en-foutiste bohème. Et si « à force de prévoir l’avenir, on nous le rend aussi fastidieux qu’un passé » (Jean rostand), l’inverse est vrai aussi.

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