L’incroyable histoire du prix Nobel de la paix 1927

Alfred Nobel

Alfred Nobel

Vous le savez, le prix Nobel de la paix tire son nom d’Alfred Nobel, industriel suédois et militant pacifiste. En 1867 il invente la dynamite, au départ pour faciliter l’exploitation minière ou la construction de tunnels. Mais bien vite, son invention est détournée par les États européens, qui s’en servent pour équiper leurs armées d’explosifs dévastateurs. Pris de remords, Alfred décide d’utiliser sa fortune pour récompenser chaque année un homme ayant œuvré pour la paix dans le monde.

Par exemple, en 2009 c’est le président américain Barack Obama qui en est le lauréat, pour avoir déclaré que  » les Etats-Unis n’étaient pas -et ne seraient jamais- en guerre contre l’islam « , ce qui est extraordinairement courageux et politiquement incorrect. Même si les USA représentent 45% des dépenses militaires dans le monde, qu’ils disposent de 5 500 bombes nucléaires et stationnent des troupes dans une trentaine de pays, son discours est une bouffée d’air frais pour les hommes de paix du monde entier. Depuis 2009 je constate d’ailleurs que le monde est chaque jour un peu meilleur.

La situation est bien différente en 1927, puisque c’est un Français, Jean Damarrage qui obtient le prix Nobel de la paix. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais il a évité un véritable bain de sang à Coutron, village de Saône-et-Loire de 340 habitants. Loin de former une communauté soudée, ce bled peuplé de bouseux un peu rustres est rongé par d’insoutenables tensions : Pierre Tardieu souhaite construire un cabanon de jardin sur sa propriété, mais le maire refuse de lui signer le permis de construire. Débute un bras de fer de plusieurs mois, durant lesquels les habitants prennent partie tantôt pour Tardieu, tantôt pour le maire. Le village est divisé, et aux invectives orales succèdent rapidement des actes délictueux. Les boîtes aux lettres sont régulièrement prises pour cible, et le parterre de fleurs de la place du village est détruit. Chacun soupçonne son voisin de commettre les méfaits, et bien vite une atmosphère pesante et délétère s’installe dans le patelin. Des milices rivales sont mises sur pied, et les péquenauds mal dégrossis patrouillent fusil à l’épaule et chien aux pieds, prêts à éliminer un voisin gênant.

La crise atteint son paroxysme lors des élections de 1927, lorsque le dépouillement révèle qu’un habitant a voté pour une liste de gauche. Une véritable chasse aux sorcières se met en place, chacun se faisant un devoir personnel de débusquer le bolchévique. Sentant que le lien social s’étiole et qu’au jour d’aujourd’hui le vivre-ensemble est menacé, Jean Damarrage a soudainement une idée de génie. Il sait qu’un campement de romanichels s’est installé en périphérie du village, et décide de ressouder les habitants du village en prenant cette communauté bien singulière pour cible. Et si les gens du voyage ne faisaient guère parler d’eux, c’est dans la presse qu’il apprend la vérité : ils sont en réalité des populations qui ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation. Il y découvre horrifié que ces gens commettent des larcins, et que les femmes portent des fichus bariolés.

La nuit, il vole des poules, brise des fenêtres ou scie des arbres, tout en laissait sur le lieu du méfait un fichu bariolé, ou une enveloppe contenant le texte suivant :  » Cet acte délictueux a été réalisé par la communauté des gens du voyage du village « . En seulement quelques jours, on assiste à une magnifique réconciliation entre les habitants du village, et les tensions passées sont oubliées. Une fois le campement de romanos brûlé, une grande fête de la fraternité achève de remettre le village de Coutron dans le chemin de l’harmonie et de l’amour. C’est donc fort logiquement que Jean Damarrage reçoit le prix Nobel de la paix en 1927, ainsi qu’un chèque de 10 millions de couronnes suédoises qu’il utilise généreusement pour faire rénover la salle des fêtes du village.

Comme disait Renée Girard,  » le bouc émissaire apparaît très méchant, dangereux, mais aussi très bon et secourable puisqu’il ressoude la communauté et purge la violence « . Oh, comme c’est complexe et raffiné !

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