La Marseillaise, un chant belliqueux ?

Pils_-_Rouget_de_Lisle_chantant_la_MarseillaiseminiJe dois vous raconter une histoire extraordinaire. Lundi dernier, je suis allé faire les soldes afin d’acheter au meilleur prix des mocassins à glands, vous savez les mêmes que ceux portés par Alain Juppé lors de ses interventions politiques porteuses d’espoir pour ses concitoyens. J’aperçois le magasin Cyrillus rue de Sèvres, lorsque soudain un homme d’origine incertaine me toise longuement, avant de cracher par terre et de m’interpeler publiquement :  » dites-donc vous, l’historien, pourquoi n’évoquez-vous jamais la Marseillaise ? Notre hymne national est violent et barbare, mais ça vous préférez ne pas l’évoquer !  » Passé la surprise, je dois bien dire que le prolétaire numide n’avait pas complètement tort. Je n’avais jamais évoqué ce sujet, et cela me tourmenta tellement que j’en oubliais d’acheter mes chaussures. C’est pourquoi j’ai décidé d’analyser les paroles de notre hymne afin de savoir s’il faut ou non en changer :

  •  » Allons enfants de la Patrie, Le jour de gloire est arrivé ! «  ; Alors là rien à dire, ça me remplit le cœur d’un magnifique espoir. C’est un peu vague (qu’est-ce qu’un jour de gloire ? Une sorte de barbecue citoyen avec des slammeurs et des châteaux mous ? ) mais j’aime bien.
  •  » Contre nous de la tyrannie, L’étendard sanglant est levé, (bis)  » ; C’est ici que les problèmes commencent. Je suis d’accord avec le début, car je tiens la tyrannie en horreur, par contre quelle idée de lever un étendard sanglant ? N’était-il pas possible de le laver, même s’il est difficile de laver les taches de sang (même avec une lessive de marque, et malgré leurs promesses publicitaires) ? Ne pouvait-on pas mettre de côté l’étendard sanglant le temps d’enlever la tâche, et prendre à la place un étendard neuf ? Et puis si j’avais un étendard sanglant et que je devais absolument le lever, je ne le ferais qu’une seule fois (or le bis indique qu’il est levé deux fois, donc ceux qui avaient loupé la tâche la première fois ont deux fois plus de chance de la remarquer ensuite).
  •  » Entendez-vous dans les campagnes, Mugir ces féroces soldats ? «  On passe du coq à l’âne, quel est le lien avec l’étendard sali ? De plus je n’entends rien du tout, mais il est vrai que je n’habite pas la campagne. Et je préfère, parce que la perspective d’être dérangé par des braillards de mauvaise compagnie ne me plaît pas du tout. C’est ça le jour de gloire, des espèces de brigands ivres qui poussent des cris terrifiants pour effrayer les gens ?
  •  » Ils viennent jusque dans vos bras, Égorger vos fils, vos compagnes ! «  Trop c’est trop, je m’arrête là. Passe encore le manque de cohérence de la chanson, mais là l’auteur de la Marseillaise dérape en évoquant des homicides prémédités pour je ne sais quelle raison obscure. Étant célibataire je ne me sens pas particulièrement concerné, mais il faut avouer que ça fout carrément les grosses miquettes.

Faisons un bilan : un jour de gloire dont on ne connait rien des modalités pratiques ou des stands qui seront présentés, des linges salis qu’on arbore l’air de rien au mépris des règles d’hygiène les plus élémentaires, des chenapans alcoolisés qui beuglent à tu-tête, des égorgements non-sollicités en zone rurale… J’ai honte pour mon pays qui mérite bien mieux.

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L’incroyable histoire du prix Nobel de la paix 1927

Alfred Nobel

Alfred Nobel

Vous le savez, le prix Nobel de la paix tire son nom d’Alfred Nobel, industriel suédois et militant pacifiste. En 1867 il invente la dynamite, au départ pour faciliter l’exploitation minière ou la construction de tunnels. Mais bien vite, son invention est détournée par les États européens, qui s’en servent pour équiper leurs armées d’explosifs dévastateurs. Pris de remords, Alfred décide d’utiliser sa fortune pour récompenser chaque année un homme ayant œuvré pour la paix dans le monde.

Par exemple, en 2009 c’est le président américain Barack Obama qui en est le lauréat, pour avoir déclaré que  » les Etats-Unis n’étaient pas -et ne seraient jamais- en guerre contre l’islam « , ce qui est extraordinairement courageux et politiquement incorrect. Même si les USA représentent 45% des dépenses militaires dans le monde, qu’ils disposent de 5 500 bombes nucléaires et stationnent des troupes dans une trentaine de pays, son discours est une bouffée d’air frais pour les hommes de paix du monde entier. Depuis 2009 je constate d’ailleurs que le monde est chaque jour un peu meilleur.

La situation est bien différente en 1927, puisque c’est un Français, Jean Damarrage qui obtient le prix Nobel de la paix. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais il a évité un véritable bain de sang à Coutron, village de Saône-et-Loire de 340 habitants. Loin de former une communauté soudée, ce bled peuplé de bouseux un peu rustres est rongé par d’insoutenables tensions : Pierre Tardieu souhaite construire un cabanon de jardin sur sa propriété, mais le maire refuse de lui signer le permis de construire. Débute un bras de fer de plusieurs mois, durant lesquels les habitants prennent partie tantôt pour Tardieu, tantôt pour le maire. Le village est divisé, et aux invectives orales succèdent rapidement des actes délictueux. Les boîtes aux lettres sont régulièrement prises pour cible, et le parterre de fleurs de la place du village est détruit. Chacun soupçonne son voisin de commettre les méfaits, et bien vite une atmosphère pesante et délétère s’installe dans le patelin. Des milices rivales sont mises sur pied, et les péquenauds mal dégrossis patrouillent fusil à l’épaule et chien aux pieds, prêts à éliminer un voisin gênant.

La crise atteint son paroxysme lors des élections de 1927, lorsque le dépouillement révèle qu’un habitant a voté pour une liste de gauche. Une véritable chasse aux sorcières se met en place, chacun se faisant un devoir personnel de débusquer le bolchévique. Sentant que le lien social s’étiole et qu’au jour d’aujourd’hui le vivre-ensemble est menacé, Jean Damarrage a soudainement une idée de génie. Il sait qu’un campement de romanichels s’est installé en périphérie du village, et décide de ressouder les habitants du village en prenant cette communauté bien singulière pour cible. Et si les gens du voyage ne faisaient guère parler d’eux, c’est dans la presse qu’il apprend la vérité : ils sont en réalité des populations qui ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation. Il y découvre horrifié que ces gens commettent des larcins, et que les femmes portent des fichus bariolés.

La nuit, il vole des poules, brise des fenêtres ou scie des arbres, tout en laissait sur le lieu du méfait un fichu bariolé, ou une enveloppe contenant le texte suivant :  » Cet acte délictueux a été réalisé par la communauté des gens du voyage du village « . En seulement quelques jours, on assiste à une magnifique réconciliation entre les habitants du village, et les tensions passées sont oubliées. Une fois le campement de romanos brûlé, une grande fête de la fraternité achève de remettre le village de Coutron dans le chemin de l’harmonie et de l’amour. C’est donc fort logiquement que Jean Damarrage reçoit le prix Nobel de la paix en 1927, ainsi qu’un chèque de 10 millions de couronnes suédoises qu’il utilise généreusement pour faire rénover la salle des fêtes du village.

Comme disait Renée Girard,  » le bouc émissaire apparaît très méchant, dangereux, mais aussi très bon et secourable puisqu’il ressoude la communauté et purge la violence « . Oh, comme c’est complexe et raffiné !

La conquête administrative de la Gaule (3/3)

1657_Jansson_Map_of_France_or_Gaul_in_Antiquity_-_Geographicus_-_Galliae-jansson-1657Lisez d’abord le premier article et le deuxième article sur la conquête de la Gaule, sinon vous n’allez rien comprendre, comme d’habitude.

Je récapitule : César avait cordialement demandé aux Gaulois le rattachement administratif de leurs territoires, mais seul Vercingétorix avait accepté. Les autres chefs gaulois, trop fiers et têtus comme des mules, avaient préférés la guerre. Notre bon César fut quelque peu contrarié :  » Ce n’était pas vraiment prévu, et ça fait un peu chier quand même (magnum caca est)  » marmonna-t-il. Il échafauda à la hâte un comité consultatif d’experts chargé de la suite des événements, qui  publia deux mois plus tard le document suivant :

Considérant l’obstination revêche des Gaulois, nous proposons les mesures suivantes :

  1. La mobilisation de six légions afin de mener la guerre, ce qui nous paraît concilier nécessités de service et contraintes budgétaires.
  2. Pour neutraliser l’ennemi, nos soldats devront leur insérer leurs glaives dans la cage thoracique des Gaulois afin de provoquer une hémorragie dont l’objectif est d’entrainer la mort.
  3. si le point numéro 2 est insuffisant, nos soldats pourront lancer leur pilum (javelot) à une distance comprise entre 1 et 3 mètres, afin de transpercer les Gaulois, et provoquer ainsi une hémorragie dont l’objectif est d’entrainer la mort.
  4. Si les combats s’éternisent et provoquent des heures supplémentaires, les légionnaires percevront un supplément mensuel additionnel sur la base de leur échelon et de leur ancienneté.
  5. Tout mouvement de troupe devra être validé par les autorités compétentes dans un délai de huit jours ouvrables après publication officielle, sous peine de nullité.
  6. Une fois l’opération achevée, une proclamation officielle sera officiellement proclamée à Rome, autour d’un buffet-dinatoire organisé par un prestataire externe après appel d’offre.

Jules César appliqua à la lettre les mesures préconisées, et le 1er septembre 58 à 9h34 est déclenchée l’opération Cisalpin Freedom. Les opérations militaires furent un succès total (vous pouvez consulter la carte pour plus de précisions). Preuve de la victoire de la civilisation sur la barbarie, seulement douze aimables Romains périrent durant la guerre des Gaules, contre cent trente millions de Gaulois sauvages. L’épisode le plus marquant fut l’introduction d’un glaive dans la cage thoracique du chef des Allobroges, Catgnatos, ce qui provoqua une hémorragie puis la mort comme prévu au point numéro 2. César, d’habitude placide, laissa même échapper un petit cri de joie assez féminin lorsque la victoire fut acquise. Peu après, il instaura la dictature, ce qui nous permet de dresser un bilan très positif de la guerre des Gaules.

Terminons par une citation de Victor Hugo : «  d’ordinaire, les empires conquérants meurent d’indigestion « . Faites-en ce que vous voulez, laissez-moi tranquille.