Le 11 novembre, un coup dur pour la France

Des femmes furieuses contre l'armistice manifestent à Paris

Des femmes furieuses contre l’armistice manifestent à Paris

Les historiens, dans leur infinie médiocrité, ont tendance à présenter le 11 novembre 1918 comme un immense soulagement pour les peuples européens. Cette date marque en effet la signature de l’armistice mettant fin à la Première guerre mondiale, alors le conflit le plus meurtrier de l’histoire. Pourtant, un examen plus scrupuleux des faits prouve que l’arrêt des combats fut davantage vécu comme un contretemps fâcheux que comme une délivrance.

L’armistice prend en effet de cours les services de l’État, qui s’étaient organisés pour se battre jusqu’à l’été 1919. Le ministre de la guerre d’alors, dans ses mémoires, raconte :

Nous avions assez de munitions pour faire la guerre jusqu’en 1919, et l’armistice nous a pris par surprise. D’un seul coup nous nous retrouvions avec plus de 500 000 cartouches et 100 000 obus sur les bras, sans pouvoir les utiliser. C’est pourquoi nous avons proposé à d’autres pays disposant de stocks d’armes de nous déclarer la guerre, dans une logique win-win. Mais personne n’accepta, sans doute par populisme. Nous avons alors envisagé d’utiliser nos armes en surplus pour organiser la plus grande partie de chasse de l’histoire, mais les associations écologistes nous ont fait barrage.

L’administration française est elle aussi chamboulée par ce maudit armistice. Citons M. Damarrage, responsable du sous-comité administratif aux opérations de recensement :

Du jour au lendemain nos formulaires n’étaient plus adaptés. Nous avions mis trois ans à organiser nos bureaux administratifs et à offrir au public des documents adaptés à la guerre (citons le remarquable formulaire B637 relatif aux pensions de veuvage hors territoire métropolitain dans le cadre d’un barème progressif), et plouf, il faut tout changer à nouveau. J’ai bien tenté d’expliquer à Clemenceau qu’il nous fallait encore au moins trois mois de guerre pour rétablir un processus bureaucratique efficient, mais il n’entendait rien à la question.

L'arrêt des combats, funeste décision, pousse vers le chômage de nombreux ouvriers.

L’arrêt des combats, funeste décision, pousse vers le chômage de nombreux ouvriers.

Enfin, certains politologues s’élèvent contre un arrêt des combats jugé prématuré au regard de nos obligations internationales. José Partoulet, président du think tank Terra Pugna, justifie en décembre 1918 sa position à l’Assemblée nationale :

Il est regrettable de s’arrêter à 1,4 millions de morts en novembre 1918, c’est-à-dire juste en-dessous de la barre symbolique des 1,5 millions, pourtant inscrite dans les traités. Une fois de plus nous n’avons pas été capable de tenir nos engagements auprès de nos partenaires européens ; je pense en particulier l’Allemagne, bon élève de l’Europe, qui compte 2,5 millions de morts. C’est donc la crédibilité même de notre parole qui est remise en cause.

En résumé, l’armistice du 11 novembre 1918 est sans doute une décision impulsive et mal préparée, qui plonge la France dans un désordre administratif et financier fort regrettable. Si quelques voix courageuses s’élevèrent pour continuer les combats jusqu’au printemps 1919, les dirigeants de l’époque cédèrent à la démagogie et au populisme ambiant. Les combats cessèrent, mais le prix à payer pour cette option hâtive fut des mois de désorganisation, se traduisant par des fils d’attentes gigantesques en préfecture et un gâchis financier sans égal. Une fois de plus, les hommes politiques choisirent une solution de courte vue, au détriment des administrés. Comme le dit un proverbe persan, « La précipitation vient du Diable ; Dieu travaille lentement.  »

Publicités

3 réflexions sur “Le 11 novembre, un coup dur pour la France

  1. Bonjour
    Votre article sur le 11 novembre semble une supercherie à peu près totale :
    – il est absolument impossible que le ministre de la Guerre français de 1919, ou n’importe qui de cette époque, ait utilisé l’expression « logique win-win »;
    – ce soi-disant ministre déplore rester avec « 100 000 obus sur les bras », alors qu’on tirait 300 000 obus PAR JOUR à la fin de la guerre : avec ses 100 000 obus, il n’aurait tenu que quelques heures! En fait, il devait y avoir beaucoup, beaucoup plus que 100 000 obus dans les arsenaux le 11 novembre : ce nombre est farfelu;
    – il m’apparait douteux qu’un fonctionnaire de l’époque puisse utiliser l’expression « processus bureaucratique efficient » : c’est un vocabulaire qui n’apparaîtra que vers les années 1960;
    – la présumée « citation » d’un nommé Partoulet ne tient pas debout : dans quel traité était-il inscrit que la France devait atteindre les 1,5 millions de morts ? Certainement pas dans les traités de 1919, postérieurs à la guerre ! Ce texte est d’une complète absurdité;
    Vous pourriez au moins avoir l’honnêteté d’indiquer précisément vos sources…
    Bien à vous
    Georges Langlois

    J'aime

  2. @M. Georges Langlois

    M. Langlois, avec tout le respect que je vous dois, c’est l’hôpital qui se moque de la charité !
    Vous reprochez à l’excellent historien qui est derrière l’Histoire Crue de ne pas citer ces sources (alors qu’il prend soin d’utiliser les guillemets à chaque fois qu’il fait une citation), et vous-même, vous avancez des chiffres qui semblent tirer votre chapeau.

    300 000 obus par jour, la belle affaire !
    Vous imaginez un peu ce que cela représente ?! En 3 jours nous sommes déjà à 1 million, et au bout d’un an, à 110 millions d’obus ??? Soit 3 obus par tête de pipe, sans compter les cartouches !

    M. Langlois restons sérieux, je suis l’Histoire Crue depuis maintenant 2 ans et je peux vous affirmer que chaque billet publié fait l’objet d’un travail d’investigation approfondi de la part de l’auteur, qui est sois-dit entre nous quelqu’un d’époustouflant. Je crois au contraire que vous avez trop lu les manuels scolaires qui nous bernent depuis tant d’années.

    M. Langlois, « Perception is not Reality »

    @L’histoire Crue
    Continuez votre travail remarquable et ne prenez pas ombrage des jaloux. M. Langlois a-t-il seulement un blog ?

    Stan-le-bellâtre

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s