L’oral du bac, une rédemption pour nos têtes blondes

Vous n’avez pas suivi 9687711282_8d2949218anos conseils pour l’écrit et vous voila comme une tourte à l’oral du bac. Sur les réseaux sociaux (comme par exemple l’Internet ou autre) vos amis disent que vous êtes un  » Bolos « , et ils ont sans doute raison. Heureusement, vous pouvez encore faire amende honorable et revenir dans le droit chemin grâce à nos conseils pour les oraux d’histoire et de géographie qui ont lieu comme chaque année le premier jour de pleine lune de septembre.

Le commentaire de document historique :

  • Posez-vous une série de questions simples qui vous permettront de traiter le texte de façon exhaustive. Qui, quoi, où, pourquoi, quand, dans quelle mesure, dans quel sens, pour qui, en quoi, dans quel but, dans quel sens, sur quelle, dans laquelle, comment et enfin combien. Ceux qui, comme moi, ont une mémoire capricieuse, peuvent utiliser le moyen mnémotechnique suivant : QQOPQDDPEDDSDCC, qui reprend la première lettre de chaque question à vous poser.
  • Si, comme moi, le moyen mnémotechnique QQOPQDDPEDDSDCC reste difficile à retenir, utilisez l’astuce suivante : remplacez chaque lettre par son équivalent numérique dans l’alphabet (A = 1, B = 2, etc…). Cela vous donne 17 17 15 16 17 4 4 16 5 4 4 19 4 3 3. Additionnez ensuite ces nombres, vous obtenez alors 148. 1+4+8 valant 13, et 1+ 3 = 4. Il vous suffit désormais de retenir le nombre 4.
  • Si comme moi, retenir le nombre 4 est difficile, utilisez le moyen mnémotechnique suivant : combien d’années dura la première guerre mondiale ? Hé bien un peu plus que 4 ans (1918-1914 = 4). A partir de 4 (que nous nommerons  » le nombre parfait « ), vous pouvez retrouver l’ensemble des questions à vous poser à l’oral.

L’attitude et l’apparence : l’examinateur vous jugera sur votre apparence, et la première impression joue pour beaucoup dans la note finale. Voici nos conseils.

  • Mettez en avant un signe religieux ostentatoire afin de jouer sur les affinités identitaires avec l’examinateur. S’il s’appelle Lévy, mettez une kippa et exhibez une étoile de David. S’il a un nom normal (Dupond ou Martin), jouez sur la christianophobie ambiante en arborant une croix à l’envers, vous ferez mouche à coup sûr. Enfin, si votre examinateur est d’obédience mahométane, commencez par affirmer que selon vous aucune séparation entre le politique et le religieux n’est possible, et que vous souhaitez des horaires de piscine séparés pour vos cinq épouses.
  • Soignez votre apparence. Vous souffrez probablement, comme la plupart des adolescents, du syndrome du visage horrible : acné, tatouages tribaux, piercings multiples et bijoux fantaisies achetés chez Tiffany… Pour seulement une heure, camouflez votre laideur à l’aide d’un masque, de préférence à l’effigie d’un personnage historique faisant consensus comme Thatcher (pour les filles) ou Reagan (pour les garçons).

Pour finir, ayez confiance en vous ! Notre pays dispose d’un système éducatif performant, et selon moi nous connaissons un apogée intellectuel inédit. Vous en êtes le produit, alors levez la tête et soyez un digne représentant de la France de demain ! Aidez-nous à faire péter les indicateurs de Lisbonne !

L’histoire crue, le 31 juillet 2014

Publicités

 » ich bin ein berliner !  » : je suis un petit biscuit fourré à la confiture

John_F._Kennedy,_White_House_color_photo_portraitLe 26 juin 1963, le président Kennedy prononce à Berlin un discours très impactant. Alors que la guerre froide fait rage, et que le monde libre et ségrégationniste doit faire face à la tyrannie de la solidarité et des files d’attentes soviétiques, le président américain affirme haut et fort qu’il est  » ein berliner « , c’est à dire un petit biscuit fourré à la confiture de prune. Comment expliquer cette audacieuse révélation trans-humaine ?

Avant toute chose, écartons deux traductions erronées de la fameuse formule :

  •  » Je suis un Berlinois «  : j’ai vérifié, Kennedy est né à Brookeline, et il a toujours vécu aux États-Unis. De plus, il ne figure aucune mention de son nom dans les registres municipaux de Berlin. Alors ce serait un peu facile, moi aussi je peux dire que je suis né à Maubeuge pour faire bombance et pécho dans les thés dansants.
  •  » Je suis une grosse voiture «  : cette traduction, mise en avant par le lobby automobile, est fausse, car Kennedy aurait alors dit  » Ich bin ein berline  » suivi éventuellement de la marque du véhicule.

Revenons à notre biscuit. Kennedy était, en 1963, dans une situation délicate. Son principal rival, le républicain Barry Goldwater, avait déclaré au début du mois  » yo soy un tomato « , ce qui signifie  » je suis une tomate « . L’opinion publique américaine, émue de cette révélation courageuse, avait massivement basculé du côté républicain. Dans la perspective des élections présidentielles de 1964, cela n’augurait rien de bon pour JFK. C’est alors que Bobby Kennedy, frère du président, mit au point une riposte inspirée :

Dans les sondages, mon frère était en chute libre. Les enquêtes d’opinion montraient que John était associé à une haïssable couleuvre de Floride et même pire, à une endive à la merde. C’est pourquoi j’ai convaincu mon frère de révéler sa double nature : être humain, et biscuit à la prune. Le résultat fut immédiat : il repassait en tête dans les sondages.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’homme le plus puissant du monde était une pâtisserie. Pas étonnant qu’il fusse assassiné peu de temps après.

L’histoire crue, le 25 juillet 2014

Le bac : objectif succès ! (ou pas)

thumb-328420_640Comme chaque année, les épreuves du baccalauréat se déroulent fin juillet. Il s’agit d’une source de stress pour la jeunesse de France qui n’a vraiment pas besoin de ça. C’est pourquoi nous avons décidé de donner les clefs d’une copie réussie.

En histoire :

  1. Privilégiez les dates impactantes. D’après plusieurs benchmarkings, le cerveau humain est davantage impacté par les dates faciles à retenir. A 1940, date franchement bizarre, préférez 1515, que tout le monde connaît.
  2. Évitez les faits clivant. Vous ne pouvez pas savoir ce que pense votre correcteur, soyez donc le plus neutre possible pour éviter de le contrarier. Par exemple, remplacez « de 1933 à 1945 l’Allemagne est dirigée par Hitler et son régime est national socialiste, dictature totalitaire  » par  » d’environ 1933 aux années 1940, l’Allemagne est dirigée par des gens qui mènent certaines réformes, alors que d’autres personnes proposaient autre chose « .
  3. Mettez-vous dans la tête du correcteur. La clef de la réussite est de se demander ce qui se cache derrière le sujet donné. Par exemple, une dissertation sur « la France de 1945 à nos jours » ne signifie pas qu’il faut écarter la seconde guerre mondiale, bien au contraire. Évoquez abondamment l’Allemagne et le continent asiatique, vous surprendrez agréablement le correcteur : rien n’est pire qu’une copie prévisible.

En géographie :

  1. Soignez la présentation : commencez par colorier en bleu la mer sur le fond de carte. Puis continuez avec les montagnes, cette fois-ci en marron. Les volcans encore en activité peuvent êtres coloriés en rouge. Terminez enfin par les forêts en vert.
  2. Soyez rigoureux et utilisez des termes géographiques : une ville ne se situe pas « à gauche » sur une carte, mais elle est « située du côté du cœur ». Elle ne se situe pas « en bas », mais « à faible hauteur ».
  3. Utilisez la problématique parfaite : au risque de me faire des ennemis chez mes collègues, j’ai décidé de partager ici un secret bien gardé. Il existe une problématique parfaite, qui fonctionne pour tous les sujets de géographie : « En quoi l’œil du géographe nous permet-il de répondre au sujet ? »

Bonne chance à tous ! N’oubliez pas que le bac est une porte d’entrée royale pour obtenir un CDI, le jeu en vaut donc la chandelle.

L’abolition de la peine de mort

Captain_Kidd_hangingEn 1981 François Mitterrand décide d’abolir la peine de mort en France, alors même que l’opinion publique souhaite majoritairement la conserver. Comment expliquer ce choix historique ? Écartons l’idée ridicule d’un attachement à la personne humaine, car Mitterrand était socialiste et donc athée. La vraie raison est ailleurs, et remonte à l’année 1854 dans la petite ville de Brioudé qui se situe en Charente (Mitterrand étant né à Jarnac).

Le 12 juillet 1854 donc, un individu condamné à mort se présente menotté sur la place publique de Brioudé. Avec lui sur l’estrade, on trouve le bourreau chargé de son exécution ainsi que divers notables locaux. La foule nombreuse vient assister à l’application de la peine. Après avoir donné l’occasion au condamné de prononcer ses dernières paroles (un violent réquisitoire contre le découpage électoral des cantons charentais), le bourreau saisit sa hache et la lance de toutes ses forces en direction du cou du condamné. Malheureusement, son geste maladroit frappa de plein fouet le torse du bourgmestre qui périt sur le coup, se délestant de plusieurs organes. Passée la stupeur, le bourreau retenta sa chance, mais sa hache lui glissa des mains avant de tourbillonner en direction de la foule, tranchant alors la tête d’une quinzaine de personnes.

C’est ici que les ennuis commencent : des femmes, prises de panique à la vue du scalp de leurs maris, décident de s’immoler par le feu, courant sur la place en hurlant. La plupart moururent rapidement, mais malheureusement l’une d’entre elles provoqua un incendie qui se répandit rapidement aux maisons mitoyennes, les toits des maisons étant constitués de paille séchée. Si les vieillards pris au piège moururent brûlés, les enfants tentèrent d’échapper à cette mort certaine en rejoignant la place. Ces évènements inhabituels et imprévus furent une réelle source d’anxiété pour de nombreux jeunes hommes, qui basculèrent dans la folie pure et transpercèrent la cage thoracique des badauds afin de leur arracher le cœur. La place n’était déjà plus qu’un immense lac de sang, dans lequel se noyèrent bien tristement les enfants venus là pour échapper à l’incendie. Notons que le consciencieux bourreau, loin de se laisser distraire par ces péripéties, poursuivit son œuvre, mais en vain, puisque le troisième coup de hache lui trancha sa propre jambe et subséquemment lui ôta la vie.

A la fin de la journée, il ne restait plus grand chose de Brioudé, si ce n’est le condamné à mort qui mourut le lendemain de déshydratation. Ce fait divers fit grand bruit dans la région, et François Mitterrand, né à Jarnac, en nourrit une hostilité franche vis-à-vis de la peine capitale. La petite histoire rejoint donc parfois la grande.

Courrier des lecteurs

Boîte_aux_lettres_1990Bien que ce blog soit nouveau, nous avons déjà reçu de nombreux mails au contenu fort inégal. Voici notre sélection des meilleurs.

Bonjour. Je m’appelle Bruno, je suis ouvrier et passionné d’histoire. Merci beaucoup pour votre blog de qualité. J’ai une question : quelle est la responsabilité réelle des Anglais dans la mort de Jeanne d’Arc. Merci !

Bien. Merci à vous, Bruno, d’avoir indiqué clairement votre profession dès le début du mail. Ainsi, nous n’avons pas eu besoin de lire en entier votre message. En effet, ce blog a vocation à produire un contenu scientifique de qualité, c’est pourquoi nous ne tiendrons pas compte des messages provenant de lecteurs CSP-. On sait très bien comment vous écrivez vous les pauvres, et très franchement on préfère donner la parole aux gens de lettre et de bon goût. Amusez-vous bien à produire des choses dans votre usine et bonjour chez vous.

Messieurs, je suis professeur d’histoire à la Sorbonne et je suis profondément atterré par le contenu de votre blog, émaillé de nombreuses contre-vérités et d’erreurs grossières. Vous êtes des gros cons.

Cher professeur, cher collègue, merci de l’attention que vous portez à notre projet. Il est toujours enrichissant d’avoir l’avis d’un de ses pairs. Néanmoins, nous n’apprécions guère votre ton insultant, et c’est pourquoi nous avons décidé d’employer une formule peu académique : dicens, quod est ipse (c’est celui qui dit qui y est). Cela signifie que nous ne sommes pas des gros cons, mais qu’au contraire c’est vous qui l’êtes.

A l’attention de l’histoire crue : j’ai entendu dire que des fouilles archéologiques récentes ont révélé l’existence d’un frère par alliance au comte d’Artois lors de la grande crise de succession de 1322. C’est toute l’histoire de ce comté qui serait à revoir. Pourriez-vous aborder le sujet ? signé kiki75

Non.

C’est tout pour ce courrier des lecteurs. Pour conclure, je dois dire que la qualité générale de vos messages est très décevante. Faites un effort, je suis à deux doigts de tout arrêter et personne ne souhaite cela.

Le concile de Chalcédoine et le monophysisme

ConcilioNicea_SanNicolas_MyraHier soir je suis allé dans un bar à hôtesse absolument charmant à Paris. Je passais une soirée délicieuse, à profiter d’un spectacle de qualité en sirotant un verre de marsala aux amandes. Rien n’indiquait qu’une polémique d’une rare violence allait éclater.

Vers 23h, madame Topaze, jeune femme dotée par la nature d’attributs exceptionnels, commence son traditionnel spectacle en se trémoussant sur de la musique créole. Elle exécute pendant quelques minutes des pirouettes gourgandines, puis, sans prévenir, arrête de danser. Elle prend alors le microphone et déclare au public ébahi :

Vous semblez oublier que le concile de Chalcédoine de 451 a défini l’hypostase tout en condamnant le monophysisme d’Eutychès sur la base de la lettre du pape Léon premier intitulée Tome à Flavien. Vous vous comportez dès lors en miaphysistes préchalcédonienne et cela je ne peux l’accepter.

Puis dans un geste rageur, elle jeta à terre l’ensemble des légumes qui lui servaient d’accessoires pendant son spectacle.

Passée la stupeur, les hommes de l’assemblée s’en prirent à la malheureuse jeune femme. D’un côté, les plus cultivés la qualifièrent de Pulchérie oecuménique, lui rappelant ainsi élégamment que le concile proclame à l’unanimité la conformité du Tome de Léon avec le symbole de Nicée-Constantinople, après que les évêques d’Illyrie et de Palestine, jusqu’alors réticents, aient publiquement manifesté leur adhésion. D’autres, moins savants, la traitèrent simplement de  » grosse pute «  (ce qui n’était pas totalement faux non plus).

C’est ici que j’interviens pour trancher ce débat avec une formule simple que j’aime à citer : L’incarnation n’est pas envisagée comme le fait de partager l’humanité commune, celle d’un homme né d’une femme (Paul de Tarse), mais comme une apparence d’humanité incarnée en une chair céleste. C’est donc la base des christologies docètes ! Vous l’avez compris, tant madame Topaze que ses détracteurs avaient tort.

La première guerre mondiale fut-elle vraiment agréable ?

tombeCette année, on fête le centenaire de la première guerre mondiale. Et ça cause sévère dans les bistrots :  » ah j’aurais aimé vivre en 14, au moins il n’y avait pas la crise «  ou encore  » pendant la guerre des gens explosaient car ils mangeaient trop de caviar « . Il est clair que dans l’imaginaire collectif des occidentaux, la grande guerre est associée à une certaine forme de raffinement, voire de bonheur. C’est en tout cas ce que nous rabâchent les médias et certains prédicateurs urbains. Disons-le : c’est des conneries. Déconstruisons ce mythe point par point.

1) La guerre n’a pas fait beaucoup de morts. Faux !

Certain auteurs roux avancent le chiffre de 250 morts de 1914 à 1918, causées par des élongations et de malheureux claquages pelviens. Certes, j’admets que le haut commandement n’a pas suffisamment insisté sur la nécessité de faire des étirements tout en douceur avant de partir à l’assaut. Mais pour le reste, on sait aujourd’hui que plus de 7 000 soldats sont morts pendant la guerre. Le chiffre officiel est donc largement sous-estimé.

2) Pendant la guerre, on mangeait bien. Faux !

Un consensus consternant existe aujourd’hui parmi les historiens. Je cite H. Vergne :

Les hommes, éloignés de leur femme souvent piètre cuisinière, pouvaient enfin se délecter au front : baguette fraîche, pâté de canard, poulet, taboulé libanais, quiche savoyardes, etc… sans compter le champagne dégusté par nos héros le soir après une dure journée.

Rien de ceci n’est vrai. Rappelons que le menu typique d’un poilu se composait : d’œufs mimosa en entrée, d’une andouillette troyenne (fournie par l’Allemagne) accompagnée de pommes de terre et d’une petite compote pomme ou poire, au choix. La ration journalière quotidienne s’élevait certes à 3500 kcal, mais il ne s’agit guère d’un repas de fête. J’entends déjà mes détracteurs me parler de » l’affaire des buns au jambon » : alors oui, les officiers intégrèrent ces petites boules de pâte fourrées au jambon pour améliorer le quotidien. Mais c’était qu’une fois par semaine les buns, alors bon.

3) La guerre est une expérience très facilement valorisable sur son CV. Vrai et faux !

Terminons cette mise au point par le retour à la vie civile en 1919. De nombreux soldats démobilisés, forts de leur expérience au front, purent mettre en avant cette expérience dans leur CV. Et du coup, beaucoup devinrent cadres, managers de projet ou responsables dans l’événementiel. On pense évidemment au cas de Sylvain Miarte qui fonda avec succès son entreprise fabriquant de petits chats en porcelaine à destination du marché asiatique. Il explique que  » sans la guerre, je n’aurais jamais eu le courage de lancer mon entreprise, en particulier dans un domaine aussi concurrentiel « . Mais ce n’est pas le cas de tout le monde, croyez-nous sur parole, on sait parfaitement de quoi on parle.

Conclusion : la première guerre mondiale ne fut pas tellement agréable, en tout cas pas plus qu’une autre période. Globalement la vie est assez ennuyeuse, et ce n’est pas un conflit armé qui change grand chose. Il faut toujours se lever la nuit pour aller aux toilettes et aller chercher le pain le matin.