La journée type d’un poilu

tampon-tombe-tamporelleVous avez été nombreux à apprécier mon article sur la Première guerre mondiale. Capitalisant sur ce succès, je vous ressors le même article, mais en moins bien (surtout le début qui est vraiment poussif). Voici donc la journée-type d’un poilu pendant la Grande guerre.

11 heures : réveil. Nos braves soldats quittent leur lit et profitent d’une chicorée dans la salle commune. Comme les poilus ont besoin de forces mais ne doivent pas s’empâter, des céréales spécial K ligne fine sont servies.

11H30 : douche. Nos terribles combattants disposent d’un gel douche Ushuaïa aux amandes douces. Divers soins du visage sont acheminés par l’intendance, en particulier des gels hydratants et des gommages de la gamme « matin soyeux » afin de lutter contre les comédons, véritable fléaux dans les tranchées.

12H00 : séminaire-santé. Un intervenant affilié à Yves Rocher instruit nos bidasses, sur des thèmes comme « les oméga 3 et l’équilibre nutritionnel : enjeux et défis », ou « les étirements, clef d’un assaut réussi ». Divers mets gourmands accompagnent l’intervention.

13H00 : repos. Nos fiers conquérants disposent des deux heures pour s’adonner à des activités variées. Des livres de  Goethe et de Hegel sont distribués afin de renforcer la compréhension de l’ennemi, et pour lutter contre les stéréotypes. On rafistole à la main les pantalons rouges abimés par la guerre en général et les balles en particulier.

15H00 : guerre. Le moment le moins agréable de la journée. Les brutaux fantassins prennent leurs fusils, les braquent en direction de l’Allemagne, et poussent de terribles cris de ralliement comme « J’espère que la France prendra l’avantage militaire sur les pays avec lesquels nous sommes actuellement en guerre « , ou encore « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, sauf si bien sûr vous remportez une série de victoires militaires dans le grand Est « . Heureusement, la guerre est limitée à 10 minutes par jour par les traités internationaux scrupuleusement respectés par les pays belligérants.

15H10 : gestion des émotions. Après avoir fait preuve d’une brutalité inouïe pendant 10 minutes, nos indomptables poilus participent à un groupe de parole, sous la direction d’un psychologue. Ils peuvent ainsi mettre des mots sur leurs maux, chacun étant incité à transmettre son vécu émotionnel, ses doutes, ses espoirs.

16H : goûter sucré suivi d’une sieste. Nos surhommes en froc rouge peuvent s’adonner s’ils le souhaitent à des activités contre-nature, comme la philosophie ou l’amour.

19H : repas léger. Des animations sont prévues pour distraire nos monstrueux soldats : compétition relative à la taille de certains membres du bas, chants racistes, imitations de Raymond Poincaré, balle au prisonnier. Après le repas, la soirée est consacrée aux jeux de société afin de souder le groupe ; en 1914 c’est le Cluedo spécial affaire Dreyfus qui est à la mode.

22H : extinction des feux. Nos héros profitent d’un repos bien mérité et s’abandonnent dans les bras de Morphée, rêvant qu’ils égorgent des Allemands, puis qu’ils sectionnent leurs membres, les brûlent et dansent fraternellement autour de leurs dépouilles immondes qui baignent dans une mare de sang illuminée par le soleil couchant. Certains, beaucoup plus simplement, rêvent qu’ils se retrouvent totalement nus en plein milieu d’une salle de réception luxueuse, scrutés de haut en bas par des hauts dignitaires de l’Empire ottoman et par le sous-préfet de Savoie.

Si le quotidien des poilus vous semble agréable, n’oubliez-pas qu’ils étaient fonctionnaires.

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L’histoire incroyable du canal de Suez

Vue du canal de Suez, avec à droite la statue de Ferdinand de Lesseps

Vue du canal de Suez, avec à droite la statue de Ferdinand de Lesseps

Ferdinand de Lesseps est l’un des Français les plus célèbres, et malgré cela il reste largement méconnu. Il est à l’origine de la construction du canal de Suez, probablement le plus important ouvrage d’art de l’histoire de l’humanité, rien que ça. Grâce au canal, les navires commerciaux n’ont plus besoin de contourner l’Afrique, et on estime que 40% du trafic pétrolier mondial passe par Suez. Je vais vous raconter l’histoire de son créateur.

A 18 ans, avec ses amis à l’école d’ingé, il rêve comme tous les jeunes de son âge de créer une entreprise par actions capable de générer des dividendes à deux chiffres tout en redressant la balance commerciale de son pays. Quand on est jeune, on n’est pas tout à fait dans la réalité et on a des idéaux un peu puérils. Dans ses Mémoires, Ferdinand raconte : «  nous voulions nous enrichir rapidement, afin d’accumuler d’énormes sommes d’argent pour acheter des vêtements de marques et manger dans les meilleurs restaurants. C’était pour nous une façon d’oublier la vacuité totale de nos existences et l’absence de but. Avec un peu de chance, on mourrait sans jamais avoir eu à se demander si notre vie avait le moindre sens « .

Très vite pourtant, Ferdinand doit faire face à des difficultés énormes. D’abord dans la conception : sans calculatrice ou ordinateur, il est souvent contraint d’établir ses mesures au pif au mètre. Il pensait qu’il existait une différence de niveau de neuf mètres entre la mer Méditerranée et la mer Rouge ; dans ces conditions, l’ouverture du canal aurait provoqué des catastrophes naturelles majeures. Mais peu confiant dans ses calculs, il décide quand même de continuer, utilisant un argument scientifique très classique :  » on verra bien ce que ça donne « .

Ensuite, les travaux posent de graves problèmes de santé : je ne parle bien entendu pas des dizaines de milliers de morts Égyptiens de faible constitution qui périrent en creusant le canal, essentiellement du fait de coups de soleil. Ils moururent certes, mais avec le sentiment du devoir accompli et du travail bien fait.

Non, je vous parle d’un mal bien plus insidieux, le surmenage. Ferdinand de Lesseps, travaillant sans compter ses heures et sous la menace perpétuelle des actionnaires, sombre dans le burn out. Il obtient un arrêt maladie par son médecin, puis il profite d’un mi-temps thérapeutique payé aux deux-tiers.

En outre, il consomme des produits psychotropes : cocaïne pour tenir le coup et opium pour calmer ses crises d’anxiété. De nos jours cela peut faire sourire car grâce à la médecine moderne nous disposons d’antidépresseurs qui n’ont rien à voir avec ces produits dangereux ; la preuve, c’est que les médicaments sont dans des boîtes bariolées avec un manuel d’utilisation. De plus ils sont testés par des groupes pharmaceutiques et ils sont remboursés par la sécurité sociale. Toutefois l’effet de ces drogues est bluffant, les molécules modifient son cerveau et transforment l’hideuse réalité en monde joyeux et coloré. Grâce aux drogues consommées, il peut retrouver sa place dans l’appareil productif, ce qui soulage ses proches.

La construction du canal achevée, Ferdinand exulte. C’est le triomphe de la volonté et de l’esprit d’un homme face à son destin (?). Le canal de Suez est encore de nos jours une artère vitale dans le commerce international. Si un jour l’Égypte était frappée d’instabilité politique, il serait fort à parier que le commerce mondial s’effondrerait, provoquant une terrible récession dans les pays riches. La meilleure solution serait alors d’instaurer un régime militaire afin de rétablir la sécurité du canal. Je dis ça, je dis rien.

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Les banquets au Moyen-Âge : une débauche bien nécessaire

15th_century_French_banquetingSuite à mon article remarquable sur la guerre au Moyen-Âge, de nombreux lecteurs incultes mais intrigués m’ont demandé des précisions sur une coutume de ce temps, le banquet. Bien qu’au sommet de pyramide intellectuelle de notre pays, je ne daigne pas de temps à autre me pencher vers les gens simples, vers vous en résumé. Certains appelleront cela du populisme, moi j’appelle cela de l’instruction publique dans un pays qui en a bien besoin.

Le banquet donc. Au Moyen-Âge, les moments de détente sont rares, même pour les seigneurs. Ces derniers sont en effet absorbés par leurs tâches nobles mais ardues : lever les impôts, rendre la justice, soumettre les vassaux, faire la guerre, etc… L’être humain en général et les pauvres en particulier étant par nature séditieux et subversifs, les nobles doivent veiller au grain et tuer dans l’œuf toute velléité d’émancipation. Cela demande une énergie prodigieuse, et de nombreux cas de burn out sont signalés dans les sources de l’époque.

Le banquet constitue une soupape de sécurité : c’est un moment convivial, durant lequel les puissants peuvent oublier leurs tracas quotidiens pour partager avec leurs égaux un morceau de viande, une miche de pain et des haricots en sauce. Au début du banquet, l’ambiance est généralement feutrée et guindée. On respecte à la lettre les bienséances, on se vouvoie et personne ne fait un pet de travers. Mais petit à petit, le mauvais vin aidant, la politesse relâche son étreinte.

Oubliées les fourchettes, les seigneurs deviennent des ogres qui bouffent à pleines dents (c’est-à-dire douze selon la moyenne de l’époque) des morceaux de poulet qui ruissellent de saindoux ; terminée la galanterie, les femmes deviennent des objets qu’on pelote à grands coups de claques sur les fesses ; terminé le respect, le plus grand des suzerains est surnommé  » tête de gland  » (hoc est a capite fimbriam) comme le premier des palefreniers. Parallèlement à cette bamboula poissarde, des hommes déguisés en ours jonglent avec des crânes humains, tandis que des bardes efféminés chantent les louanges du duc d’Aquitaine, à qui on aurait tranché ce qui normalement est bien accroché.

Terminons notre article en rappelant que les banquets constituaient l’occasion de nouer des alliances entre les grands de ce monde, et plus d’une fois la face du monde s’est jouée lors de ces repas gargantuesques. Le mariage organisé lors d’un banquet entre le comte Eudes d’Artois et sa petite cousine de sept ans Adélaïde de Vermandois en est un très bon exemple. Non seulement cette alliance permit de faire la paix avec la branche cadette de la famille, mais à peine un an plus tard la jeune et heureuse mariée donnait naissance à un héritier légitime à la couronne, évitant ainsi une terrible crise de succession. Quelle belle histoire !

Terminons par une citation de Victor Hugo :  » Au banquet du bonheur bien peu sont conviés « . Débrouillez-vous avec, je ne peux pas tout faire à votre place.

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Repousser les barbares : le mur d’Hadrien

Hadrian's_wall2Au début du IIe siècle après JC, l’empire romain connaît son apogée : chômage faible, taux de croissance élevé, déficit public inférieur à 3%… Grâce à une politique de modération salariale, son économie est très compétitive, ce qui lui permet de prendre de nombreuses parts de marché à l’export. Mais cette prospérité insolente a une contrepartie : c’est l’immigration massive et subie de barbares métèques.

En effet, de nombreux étrangers fuyant la misère des vertes forêts germaniques ou des déserts sans fin du Sahara migrent vers l’Empire romain alors qu’on ne leur avait rien demandé. Leur motivation : les salaires élevés et le système social romain généreux dont ils comptent bien profiter. Au départ le déplacement de populations vers l’Italie est limité, seuls quelques jeunes hommes s’installent dans le Latium pour former une main-d’œuvre bon marché exploitée par les propriétaires fonciers romains. Mais très vite la pression migratoire s’amplifie et devient massive : on parle alors de vague migratoire.

Alors l’identité nationale romaine est menacée, puisque la culture des barbares est incompatible avec la culture romaine, supérieure et raffinée. Prenons l’exemple des Pictes, l’équivalent actuel des Écossais. Alors que pour les Romains il n’existe aucune séparation possible entre le politique et le religieux (l’empereur est divinisé lors de l’apothéose), les Pictes sont fermement convaincus du contraire, puisqu’ils séparent strictement le rôle de prêtre et celui de chef. On voit bien que nos ancêtres, les cultivés Romains, devaient faire face à la menace de peuples primitifs et barbares incapables de s’intégrer. Et en plus ils ne faisaient aucun effort pour parler latin, c’était une vraie violence symbolique quotidienne à l’encontre des citoyens romains.

Cela oblige les autorités à prendre la seule mesure possible : construire des murs autour de l’Empire. Étudions le cas du mur d’Hadrien. Situé à la limite entre l’Angleterre et l’Écosse, il a pour but d’éviter que les barbares du Nord de l’île ne s’installent dans le Sud de l’Angleterre et viennent troubler la vie paisible des citoyens romains, ou anglais, je ne suis plus très sûr de savoir qui est civilisé et qui est barbare. Bref ça marche du tonnerre, on fait patrouiller des auxiliaires (c’est-à-dire des étrangers) le long du mur pour éviter les migrations des étrangers venus du Nord, protégeant ainsi les étrangers du Sud du mur. Afin de limiter l’impact budgétaire du mur, le prestataire ayant remporté l’appel d’offre a fait appel à des Pictes du Nord pour le construire. Bref, c’est une réussite totale dont devrait s’inspirer l’agence européenne chargée de la surveillance des frontières, Frontex.

Concluons avec cette citation de Lévi-Strauss :  » le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie « . Aucune idée de ce que cela veut dire mais ça pète bien.

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Qui a vraiment marché sur la lune en premier ?

Neil Armstrong, un sacré mythomane

Neil Armstrong, un sacré mythomane

On vous explique dans les livres que Christophe Colomb a découvert l’Amérique, que Lance Armstrong fut le premier homme à marcher sur la lune, etc… Tout ceci n’est que mensonge, mystification et hâblerie. La CIA, le FBI, la NSA, le NRO et le ZGEG nous manipulent, afin de nous maintenir dans l’ignorance et dominer le monde (car il est très agréable de dominer le monde, croyez-moi). Mais ne vous en faites pas, je suis là pour mettre fin à cette odieuse manipulation.

En 1969 Lance Armstrong débarque à bord de sa petite navette spatiale, et pose un pied sur l’astre de la nuit, avant de prononcer ces mots restés célèbres :  » C’est un pas de géant pour l’espèce humaine, et une aubaine pour nous tous « . Au-delà de l’exploit technique, l’expédition spatiale américaine s’inscrit dans un contexte de guerre froide. L’enjeu est clair : faire triompher le monde de la liberté et de la restauration rapide contre le camp de l’égalité et du manque de viande. C’est pourquoi les médias ont mis en avant le succès américain, alors même que deux ans auparavant des spationautes togolais avaient déjà conquis la lune.

Le Togo est un petit pays globalement pauvre du fait de son manque de richesses, hormis quelques dirigeants qui parviennent à tirer leur épingle du jeu grâce à leur esprit d’initiative et leur mentalité d’entrepreneurs. En juin 1967, le gouvernement togolais décide de lancer un programme spatial, avec pour objectif d’atteindre la lune.

Le protocole très stricte explique en grande partie le succès de l'opération

Le protocole ISO très stricte explique en grande partie le succès de l’opération

Tous les éléments les plus brillants du pays sont mobilisés, et dès juillet 1967, l’objectif est atteint par les trois Togolais chargés du programme. Écoutons le responsable scientifique qui mena a bien cette mission spatiale :

En gros le principe était simple : propulser ce que nous les scientifiques appelons une bouboule en plastique avec des explosifs assez puissants pour la faire quitter le sol. On a rassemblé des pétards tigres, on s’est mis bien en face de la lune, on a allumé les mèches, et c’était bon. On a attendu la pleine lune comme ça elle était plus grosse et donc plus facile à atteindre. Franchement on n’y croyait pas beaucoup, mais ça s’est vachement bien goupillé.

Base de lancement spatial de Dapaong

Base de lancement spatial de Dapaong

Seul point noir à ce succès total : aucun dispositif n’était prévu pour ramener le togonaute sur terre. Ce dernier est donc probablement décédé, mais des rêves plein les yeux et c’est bien ça le plus important !

Le classement des personnages historiques préférés des Français

Relatives_GNP_PPP_European_countries_vs._USA_1990-2006J’ai récemment lu un article étonnant sur le site Topito, la vie du côté top, sur les dix personnages historiques français préférés des Français. Autant ce site est généralement sérieux et constitue l’une de mes lectures préférées pour nourrir ma réflexion, autant le classement proposé me paraît étonnant, voire hautement suspect. En numéro un l’on retrouve Napoléon dont j’ai déjà abordé certains aspects essentiels de sa vie, ce qui explique probablement sa popularité. Jusque là donc, rien de bien ébouriffant. Mais la suite du classement m’interpelle : Charles de Gaulle, Louis XIV, Henri IV, Louis Pasteur, Victor Hugo, François Ier, Saint-Louis, Jean Jaurès et François Mitterrand. Pourtant historien, je n’en connais même pas la moitié.

J’ai donc réalisé dans mon entourage proche un sondage sur le même thème, afin de prouver que le classement de Topito fait preuve d’un manque de rigueur statistique qui frôle l’escroquerie (seulement 1000 votants pour un pays qui compte environ 65 millions d’habitants ; admettons 30 millions en enlevant les étrangers et les femmes du panel). Voici les résultats :

  1. Napoléon : sans surprise, cela concorde avec les autres études. Populaire car alors que la guerre provoque 3 millions de morts en Europe, il parvient à limiter le tribut français à un million. Il se démarque donc des abominables bourreaux de notre histoire comme Robespierre.
  2. Charles de Gaulle : sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale du 6 juin 1940 au 16 juin 1940, c’est-à-dire précisément au moment où l’armée française est vaincue. Malgré cela, mon entourage a semble-t-il « passé l’éponge », comme on dit trivialement. Surtout connu pour le passage au nouveau franc.
  3. Pétain : malgré ses défauts, le vainqueur de Verdun est un choix consensuel, et le maréchal semble particulièrement apprécié dans mon entourage, en particulier chez les plus jeunes.
  4. Spiderman : choix plus surprenant, même si les super-pouvoirs dont il dispose expliquent certainement sa présence aussi haut dans le classement.
  5. Edith Cresson : mais oui ! Même si cela va faire grincer des dents dans certains milieux, honneur au sexe faible grâce à l’ancienne Premier ministre, qui prouve que les femmes ont joué dans l’histoire un rôle comparable aux hommes, malgré leurs incommodantes époques.
  6. Jean Martinier : apiculteur du Lot admis à l’ordre du mérite agricole, membre durant dix ans du Conseil économique et social, il est surtout connu pour avoir introduit l’assolement triennal dans les pays de Gourdon et de Bouriane. Un choix courageux qui récompense un amoureux de la terre, malgré son implication dans le génocide rwandais.
  7. La Tour Eiffel : symbole de la France à l’étranger, celle qu’on appelle « la grande dame de fer d’Eiffel » ou encore « la Tour au long cou » arrive bonne septième.
  8. Tintin : ce septième choix me pose problème, et soulève la question du niveau d’instruction de mon entourage. J’avais conscience depuis longtemps de côtoyer des dadais bien godiches comme on n’en fait plus, j’en ai ici la confirmation. Tintin est bien entendu de nationalité belge, il ne devrait donc pas figurer dans ce classement.

Je préfère m’arrêter là, car la fin de la liste comprend fâcheusement Milou et Rastapopoulos, ce qui est tout bonnement incompréhensible compte tenu de mes remarques précédentes sur Tintin.

Aux racines de Daesh : Bouchra Ben Bolos

On ne peut comprendre la montée en puissance de l’Etat islamique, aussi appelé Daesh, sans évoquer le parcours singulier de son fondateur, Bouchra Ben Bolos (littéralement « le fils de la différence »). Né au moment précis de l’accouchement de sa mère, sa trajectoire est singulière.

A la mosquée, l’imam le remarque tout de suite :

Il me posait des questions sur la sourate (5/32) du Coran : « quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes ». Il me disait avoir beaucoup de mal à en comprendre le sens. Je lui expliquais qu’il était tout simplement interdit de tuer un autre homme, mais pour lui cela ne faisait pas sens au jour d’aujourd’hui. Il me demandait si on pouvait tuer quand même, que le texte était super ambigu. Je lui disait que non, mais lui me disait que si, alors je lui disait que non. Ces conversations étaient très intéressantes.

A 16 ans, un premier incident alerte ses parents : il dévalise le rayon charcuterie du supermarché le plus proche, place la viande dans le lave-linge et lance un programme textile délicat en hurlant « crève Cochonou ». Cet épisode suscite les moqueries de son entourage. Bouchra est alors surnommé « la grande asperge » ou « la petite tarte ». Certains enfants, plus acerbes, le qualifient moins subtilement de « sac à merde », en référence à son morphotype inaccoutumé.

Ses parents inquiets lui font alors passer un test de QI, qu’il rate haut la main. Cet échec attire immédiatement l’attention de la direction des ressources humaines de l’Etat islamique, dirigée par Mokhtar ben Recrutement (littéralement « le fils de Pôle emploi »)  :

Bouchra Ben Bolos était un candidat exceptionnel. Dans les standards ISO de recrutement de l’Etat islamique, un quotient intellectuel supérieur à 20 est éliminatoire. Mais Bouchra avait un QI négatif, ce qui en faisait un chef tout désigné pour notre mouvement. Il parlait peu, et ne pensait pas davantage. Tout le monde voulait devenir comme lui.

Une dernière rencontre va changer sa vie. A l’âge de 20 il rencontre Monique ben Ranou (littéralement « la fille découennée »), qui se révèle être en réalité à la fois sa sœur et sa tante. Cette femme diabolique aux cheveux de feu va accélérer son processus de radicalisation, l’incitant à porter une djellaba trop courte au niveau des chevilles et à porter des baskets de type Reebok. C’est le point de départ d’un engrenage tragique.

Une histoire qui donne tout son sens à cette citation de Frédéric Dard : « Il y aurait plusieurs façons d’être con, mais le con choisit toujours la pire. »

Trucs et astuces : devenir historien

DEUTSCH_Lorant-24x30-2004J’ai rencontré récemment de nombreux jeunes chômeurs de longue durée de 6 à 12 ans qui ont radicalement changé leurs projets de vie. Au départ, ils voulaient devenir pompiers ou astronautes, et c’est un large sourire aux lèvres et des étoiles plein les yeux qu’ils s’imaginaient soustraire des flammes des carcasses d’enfants calcinés, le tout à cause d’un mégot mal éteint. Mais la lecture de mon blog a changé leur vie : ils veulent désormais devenir historien. C’est pourquoi je souhaite gentiment leur donner ici des conseils afin qu’ils réussissent, parce qu’historien est le plus vieux métier du monde, et sans doute le plus beau (après celui de pompier qui demande beaucoup de courage).

  • même si cela est bien pénible, vous devez lire des livres. Je sais, lire des livres en papier de bois d’arbre est une activité totalement anachronique, mais parfois on y trouve des informations utiles : la date de naissance d’Abraham, l’âge de la reine Victoria à certains moments de sa vie, ou encore la durée d’événements qui se sont déroulés dans le passé.
  • soyez culottés ! Lorsqu’en soirée la conversation glisse sur un sujet historique, affirmez haut et fort que vous êtes historien, que vous avez lu des livres et que vous connaissez des dates dont certaines sont précises. L’important est de paraître sûr de soi et de lever bien haut le menton en plaçant des phrases comme :  » Hitler était un sale type, j’ai fait des recherches «  ou encore  » Napoléon est mort à Sainte Hélène, son fils Léon lui a crevé l’bidon, on l’a r’trouvé, assis sur une baleine, en train d’sucer les fils de son caleçon. Quelle histoire ! « 
  • au niveau vestimentaire, il est indispensable de se constituer dès le plus jeune âge un dressing regorgeant de chemises à jabot, si possible de couleur prune. C’est un code vestimentaire que certains jugent désuet, et pourtant la chemise à jabot, outre sa beauté sophistiquée, est l’habit par excellence de l’historien. Ne portez surtout pas de short pastel, on vous prendrait pour un géographe.
  • sur le plan nutritionnel, mangez de la viande en grande quantité ; ne vous droguez pas, cela ne ferait qu’altérer votre jugement déjà médiocre.
  • Enfin, créez un blog historique (si possible en 3D), dans lequel vous publierez régulièrement des articles sans queue ni tête sur des thèmes improbables. Personne n’ira vérifier la véracité de vos propos, les gens qui lisent des blogs historiques sur internet sont en général de grosses andouilles bien bêtasses et dociles. Et pourtant ils reviendront inlassablement sur votre blog pour lire vos propos délirants.

Vous n’êtes pas obligés de suivre mes conseils ; après tout,  » Mieux vaut apprendre à faire l’amour correctement que de s’abrutir sur un livre d’histoire  » disait Boris Vian (qui faisait très mal l’amour, j’en sais quelque chose).

La vérité sur la guerre au Moyen-Âge

Codex_Manesse_Walther_von_KlingenTous les jeunes mâles de la planète jouent avec des châteaux-forts et des chevaliers en plastique, pendant que les filles jouent à la dînette. Les plus éminents biologistes ont très bien expliqué cette différence par les hormones, l’ADN et les Oméga 3. Personnellement je trouve cela sain ; dans un monde qui se rapproche chaque jour un peu plus de l’abîme, c’est rassurant de voir qu’il existe des choses immuables, comme les différences entre les sexes ou la faim dans le monde. Mais revenons à notre sujet, la guerre au Moyen-Âge.

A cette époque, tout conflit débute par un manquement à l’honneur : on ne déclare pas la guerre pour du pétrole ou pour faire diversion lorsque les chiffres du chômage sont mauvais. Non, on déclare la guerre parce qu’un seigneur voisin a enlevé votre femme. On déclare la guerre lorsqu’un vassal décide de chasser le chevreuil sur vos terres. On déclare même la guerre si un inféodé prend le dernier morceau de viande au banquet que vous avez organisé. On était comme ça au Moyen-Âge, un peu rustre, mais très fier, le moindre camouflet se transformant en affront impardonnable.

Lorsqu’on déclarait la guerre, on le faisait savoir au monde entier : on sortait des étendards immondes avec des têtes d’ours, on soufflait dans des clairons rouillés, bref on gueulait pour que tout le monde soit au courant à dix kilomètres à la ronde. Parce qu’il n’y a rien de plus con que de mourir à la guerre alors que personne n’est au courant, on envoyait des messagers dans tous les patelins pour faire une annonce sur la place du marché. Et puis on insultait, histoire de marquer le coup :  » Moi Gaultier, vicomte des terres qui vont de la rivière au moulin près de la montagne, déclare que le soi-disant baron Childebert du Tertre est un bandoulier, un taille-lard, un géménée de godinette «  (en gros, Moi Gaultier je traite Childebert de sac à merde).

Puis venaient les batailles. Attention, ce n’était pas des combats comme dans le seigneur des anneaux. Non, il faut plutôt imaginer une dizaine de types ivres d’un mètre soixante à tout casser, souffrant de sous-nutrition, portant laborieusement des épées bien trop lourdes pour eux. Parfois, par le plus grand des hasards, un chevalier parvient à en toucher un autre, mais pas forcément un ennemi parce que personne ne sait vraiment qui est dans quel camp. En général après dix minutes tout le monde est bien crevé à cause de la chaleur étouffante à l’intérieur des armures qui pèsent une tonne et la bataille s’arrête lorsque tout le monde s’est évanoui. Du coup personne ne pouvait vraiment dire qui avait gagné.

Le plus compliqué était donc de faire la paix. Souvent, au bout de quelques jours seulement, on avait complètement oublié pourquoi on se faisait la guerre. Lorsqu’un seigneur renvoyait un négociateur de paix ennemi en déclarant  » vos propositions sont très nettement insuffisantes au vu de nos revendications « , on pouvait être sûr qu’il ne se souvenait plus du tout de l’origine du conflit. Alors on offrait n’importe quoi, un bijou, une chèvre ou encore une femme pour sceller l’entente retrouvée, sans que personne ne comprenne vraiment ce qu’il s’est passé.

Concluons avec une citation de Sartre :  » Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent « . Cela n’a aucun lien avec l’article, mais s’il vous plait soyez indulgent, j’ai eu une semaine très difficile.

La fin du monde arrive : le retour de Jacques Satan

4841316955_603b7c556b_zPoursuivons notre série d’articles sur la fin du monde. Parmi les différentes fins du monde possibles étudiées par l’ONU figure le retour de Satan sur terre, c’est-à-dire l’Apocalypse, la parousie, bref le dawa absolu comme disent les jeunes. En effet, tous les grands textes religieux s’accordent sur l’imminence du Jugement dernier : c’est ce qu’on appelle l’eschatologie (oh je vous en prie).

Après un repos bien mérité d’environ mille ans à Saint-Anne, un être malfaisant et franchement méchant doit revenir sur terre. Les autorités françaises l’ont identifié : il s’agit de Jacques Satan, bien connu des services de police pour divers larcins et autres filouteries. Insaisissable et animé de mauvaises intentions, Jacques Satan aurait pour objectif de remettre en cause les libertés fondamentales et le droit de propriété.

Alors que faire ? Voici quelques conseils afin d’anticiper le retour du Malin :

  • Téléchargez l’application parousie sur satan.gouv.fr. Développée par le Ministère de la Santé, elle vous tiendra au courant du jour et de l’heure de la fin du monde, ainsi que des décrets relatifs à sa mise en œuvre.
  • Restez branché sur BFM TV qui a mis en place une cellule de veille consacrée à Satan, et qui couvrira l’événement en direct.
  • Abonnez-vous au compte Twitter de Satan, régulièrement mis à jour.

Une fois bien informé, vous pouvez apprendre les gestes qui sauvent :

  • L’arme principale du Diable étant un déluge de feu et de flammes, achetez un manteau ignifugé ainsi que de la crème Biafine anti-brûlures.
  • Si Satan essaie de vous molester, appelez le 17 afin que les autorités puissent protéger votre intégrité physique.
  • Apprenez à utiliser les défibrillateurs cardiaques qui fleurissent un peu partout en prévision du retour de Satan.

Selon Tristan Bernard, « c’est Dieu qui a créé le monde, mais c’est le diable qui le fait vivre ». Qu’en pensez-vous ? De mon côté je n’en pense pas grand chose.